Quinze ans derrière les murs d’Asmara pour avoir dessiné la vérité : le caricaturiste érythréen Biniam Solomon retrouve la liberté, symbole fragile de la liberté d’expression dans un pays sous silence.
Dans le silence étouffant des cellules d’Asmara, un nom circulait en chuchotements parmi les rares détenus ayant entendu parler de ses dessins : Cobra. Quinze ans plus tard, ce pseudonyme prend enfin corps avec la libération de Biniam Solomon, caricaturiste satirique arrêté en 2011 et détenu sans jamais être jugé. Aucun procès, aucune accusation officielle, seulement des années à affronter l’isolement et l’oubli.
Pendant tout ce temps, Biniam n’a vu ni la lumière de la liberté, ni le visage de sa famille. Ses contacts étaient limités, ses soins médicaux occasionnels, son esprit nourri uniquement par les souvenirs de ses caricatures incisives, dénonçant la corruption et les absurdités du pouvoir. Ses dessins avaient jadis trouvé place dans une presse érythréenne brièvement libre, des fenêtres ouvertes sur la satire et la critique sociale. Mais ce souffle de liberté fut rapidement étouffé : la presse privée fut fermée, et plusieurs journalistes emprisonnés sous le prétexte de « sécurité nationale ».
La libération de Biniam reste mystérieuse : aucune explication officielle n’a été donnée. Pourtant, elle éclaire, même fugacement, les injustices endurées par des milliers d’Érythréens détenus sans procès, et rappelle le courage des voix qui osent défier le silence. Cobra, avec son humour acéré et sa plume trempée dans la critique sociale, incarne ce fragile équilibre entre peur et résistance, rappelant que derrière chaque dessin satirique, il y a une humanité prête à se battre pour la liberté d’expression.
La Rédaction

