De la Langue de Barbarie au Sénégal aux lagunes du Bénin, en passant par les côtes vulnérables de Gambie, les falaises d’Axim au Ghana, la bande littorale du Togo et les plages d’Assinie en Côte d’Ivoire, l’Atlantique dévore inexorablement la terre. Chaque année, la houle grignote des mètres de rivage, engloutissant sous les yeux des habitants maisons, routes et pontons de pêche. Ce drame à petit feu, accéléré par le dérèglement climatique et le bétonnage incontrôlé du littoral, ne menace pas seulement les paysages : il asphyxie les économies locales et jette des milliers de familles sur les routes.
Face à un océan qui avance sans demander de passeport, la réponse au coup par coup montre ses limites. L’urgence impose désormais de briser le chacun-pour-soi.
L’océan n’a pas de frontières
Pour Arnaud Tany, expert environnemental rattaché au programme WACA en Côte d’Ivoire, vouloir protéger sa plage sans regarder ce qui se passe chez le voisin est une illusion. La mer est un tout : diguer un port à un endroit peut assécher l’apport de sable et détruire le littoral cent kilomètres plus loin.
« Il faut agir de concert du Sénégal au Bénin, en passant par le Ghana, le Togo et la Gambie », martèle-t-il. « La dynamique marine ne connaît pas les limites administratives. Sans réponse collective et synchronisée dans tout le golfe de Guinée, nos efforts isolés ne seront que des coups d’épée dans l’eau. »
Un littoral pris en étau
Si la montée des eaux et les tempêtes poussent la mer vers l’intérieur des terres, l’activité humaine a largement ouvert la brèche. L’extraction massive de sable pour le bâtiment, la coupe de bois sur les côtes et l’urbanisation sauvage ont scié la branche sur laquelle les populations étaient assises. Le rivage a perdu sa capacité naturelle à se régénérer.
Les mangroves, des boucliers sacrifiés
Au-delà de la pierre et du béton, la meilleure défense reste la nature elle-même. Longtemps traitées comme de simples marécages inutiles, les mangroves jouent pourtant un rôle crucial : leurs racines entrelacées absorbent le choc des vagues et retiennent le sable.
Mais ces forêts maritimes disparaissent à une vitesse alarmante. « En détruisant les mangroves, nous avons détruit notre première ligne de défense », avertit Arnaud Tany. « Les restaurer en urgence n’est plus une option écologique parmi d’autres, c’est une question de survie pour nos littoraux. »
Faire bloc avant qu’il ne soit trop tard
Les pays de la région n’ont plus le luxe d’attendre. Pour enrayer ce recul, la sous-région doit passer du discours à l’action : partager les données scientifiques, coordonner les travaux d’aménagement et reproduire à grande échelle les solutions qui fonctionnent déjà localement.
La bataille du littoral ne se gagnera pas en ordre dispersé. Seule une stratégie sous-régionale solidaire permettra de freiner l’avancée de l’Atlantique et d’offrir un avenir aux communautés du Golfe.
La Rédaction

