Treize coups de feu dans une maison de vacances
Le 5 juin 1976, samedi de Pentecôte, cinq personnes sont abattues dans le « Waldeggli », une petite maison de vacances située à l’écart de Seewen, dans le canton suisse de Soleure. Les victimes sont Elsa Siegrist-Säckinger, 62 ans, son mari Eugen Siegrist, 63 ans, Anna Westhäuser-Siegrist, 80 ans, sœur d’Eugen, ainsi que les deux fils de celle-ci, Emanuel, 52 ans, et Max, 49 ans.
Treize coups de feu ont été tirés avec une imitation de carabine Winchester. Quatre corps sont retrouvés à l’intérieur de la maisonnette, tandis que le cinquième se trouve sur la terrasse, enveloppé dans un tapis. Le mobile échappe immédiatement aux enquêteurs. Vol, règlement de comptes, affaire personnelle : aucune hypothèse ne parvient à expliquer solidement l’exécution de cinq personnes.
Une enquête gigantesque, mais aucun meurtrier
La police suisse déploie des moyens considérables. Plus de 9 000 renseignements sont examinés et des milliers de personnes interrogées. Une attention particulière est portée aux propriétaires de Winchester et de carabines similaires, puisque les douilles retrouvées permettent de déterminer le type d’arme utilisé.
Parmi les propriétaires interrogés figure un Bâlois de 29 ans, Carl Doser. Il possède précisément une arme du type recherché. Interrogé en 1976, il explique cependant aux policiers qu’il s’en est débarrassé en la vendant à un inconnu sur un marché aux puces. La perquisition de son appartement ne fournit alors aucun élément permettant de le relier aux cinq victimes. Son dossier est classé.
Carl Doser disparaît
Un an après le massacre, un événement qui ne prendra toute son importance que beaucoup plus tard se produit : Carl Doser quitte la Suisse.
À partir de 1977, sa trace se perd. Il ne réapparaît pas publiquement dans son pays et ne se rend même pas aux funérailles de sa mère en 1980. Pendant ce temps, l’enquête sur Seewen s’enlise. Les policiers possèdent les douilles, connaissent le modèle de l’arme, mais ignorent toujours où celle-ci se trouve.
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Vingt ans plus tard, l’arme du crime réapparaît
À l’automne 1996, un hasard extraordinaire relance l’affaire. Des travaux sont effectués dans un appartement d’Olten ayant appartenu à la mère de Carl Doser. Derrière les éléments d’une cuisine, un ouvrier découvre un sac en plastique contenant une carabine.
Les expertises établissent qu’il s’agit de l’arme utilisée pour tuer les cinq victimes de Seewen. Et cette Winchester était enregistrée au nom de Carl Doser, celui-là même qui avait expliqué vingt ans auparavant aux policiers l’avoir vendue sur un marché aux puces.
L’arme retrouvée, mais pas son propriétaire
La découverte paraît spectaculaire. Pour la première fois, les enquêteurs disposent d’un lien matériel entre l’arme du massacre et une personne qu’ils avaient déjà interrogée. Mais ce lien ne permet pas de démontrer que Doser a lui-même appuyé sur la détente. Les enquêteurs ne parviennent notamment pas à établir de relation certaine entre lui et les victimes.
Et surtout, l’homme qu’ils voudraient désormais retrouver a disparu depuis près de vingt ans. La découverte de la Winchester transforme donc Doser en personnage central de l’affaire, sans jamais permettre à la justice de confronter les soupçons aux exigences d’un procès.
Une nouvelle piste qui ne résout rien
En 2013, un nouveau témoin se manifeste auprès des autorités. Il affirme disposer d’informations concernant une personne de l’entourage de Doser et la circulation de la Winchester. La police cantonale et le parquet examinent ces renseignements malgré l’ancienneté du dossier.
Les vérifications n’apportent cependant aucun élément permettant d’identifier le meurtrier. L’affaire reste officiellement non élucidée. Plus troublant encore, le délai de prescription applicable au crime a expiré après trente ans : une sanction pénale n’est désormais plus envisageable dans ce dossier.
Cinquante ans après, toujours aucune réponse
Le 5 juin 2026 marque le cinquantième anniversaire du massacre. La télévision publique suisse revient alors sur l’une des questions les plus intrigantes du dossier : comment un homme devenu un suspect majeur a-t-il pu disparaître pendant des décennies ?
La réponse reste incertaine. Carl Doser n’a jamais été retrouvé et les autorités ne le recherchent plus activement, notamment parce que l’affaire est prescrite. Mais la SRF rappelle également un point essentiel : le meurtre reste non résolu. La possession de l’arme ne suffit pas à transformer Doser en auteur judiciairement établi du quintuple meurtre.
Une arme, un propriétaire, mais toujours pas de coupable
C’est précisément ce qui donne à Seewen sa dimension d’énigme judiciaire. La police a retrouvé l’arme du crime. Elle sait à qui elle appartenait. Son propriétaire avait été interrogé quelques semaines après les meurtres et avait donné une explication qui sera sérieusement mise à mal par la découverte de 1996.
Mais entre le soupçon et la culpabilité demeure ce que la justice exige : la preuve. Aucun tribunal n’a établi que Carl Doser avait tué les cinq victimes, et aucune enquête n’a permis d’identifier avec certitude une autre personne comme auteur des tirs.
Cinquante ans après le massacre, Seewen conserve ainsi un paradoxe saisissant : la Suisse possède l’arme qui a tué cinq personnes et connaît l’identité de l’homme auquel elle appartenait, mais elle ignore toujours qui a réellement appuyé sur la détente.
La Rédaction
Sources et références
- SRF – Radio Télévision Suisse alémanique.
- SWI swissinfo.ch.
- Police et parquet du canton de Soleure.
- Archives de l’enquête sur le meurtre de Seewen.

