Le 9 mai 1997, Marta Russo traverse les allées de l’université La Sapienza de Rome avec une amie lorsqu’une balle la frappe à la tête. Elle a 22 ans, étudie le droit et ne semble avoir aucun ennemi. Elle meurt cinq jours plus tard. L’enquête va pourtant conduire à deux jeunes universitaires et à une condamnation définitive, sans jamais apporter de réponse véritablement satisfaisante à une question élémentaire : pourquoi ce coup de feu a-t-il été tiré ?
Un tir au cœur de l’université
Il est environ 11 h 42 lorsque Marta Russo est touchée alors qu’elle marche dans la cité universitaire. Les investigations balistiques orientent progressivement les recherches vers une fenêtre de l’Institut de philosophie du droit. Mais aucune arme n’est retrouvée et, dans les premières semaines, aucun mobile cohérent ne se dessine.
Les enquêteurs envisagent différentes hypothèses, de l’erreur de personne au tir accidentel. L’idée d’un « crime parfait », qui marquera fortement la médiatisation de l’affaire, sera également évoquée sans jamais être démontrée. Le dossier se construit donc dans une situation inhabituelle : il faut déterminer qui a tiré alors que personne ne parvient à expliquer pourquoi.
Des témoignages au centre de l’enquête
L’attention se porte sur Giovanni Scattone et Salvatore Ferraro, deux jeunes universitaires liés à l’Institut de philosophie du droit. Une employée, Gabriella Alletto, devient l’un des témoins essentiels. Après avoir d’abord nié avoir assisté à la scène, elle change de version et affirme avoir vu Scattone avec une arme immédiatement après la détonation, tandis que Ferraro aurait ensuite emporté celle-ci.
Ce revirement déclenche une controverse considérable. Les conditions de ses interrogatoires sont vivement discutées et sa crédibilité devient l’un des principaux champs de bataille entre accusation et défense. D’autres témoignages, notamment ceux de Maria Chiara Lipari et Francesco Liparota, connaissent eux aussi des évolutions ou des contestations.
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Une première vérité judiciaire fragilisée
En 1999, Giovanni Scattone est condamné pour homicide involontaire, tandis que Salvatore Ferraro est reconnu coupable pour son rôle dans les événements. La justice ne retient donc finalement pas la thèse d’un assassinat volontaire : Scattone aurait tiré sans intention de tuer Marta Russo.
Mais en décembre 2001, la Cour de cassation annule la décision rendue en appel et ordonne un nouveau procès. Elle relève des problèmes dans l’évaluation de plusieurs éléments du dossier. L’affaire que l’on croyait judiciairement résolue se retrouve de nouveau plongée dans l’incertitude.
Condamnés, mais sans mobile établi
Après un nouveau procès d’appel, l’affaire revient devant la Cour de cassation. La responsabilité de Giovanni Scattone est finalement retenue pour homicide involontaire aggravé. Salvatore Ferraro est condamné pour avoir favorisé la dissimulation des faits. Scattone reçoit une peine définitive de cinq ans et quatre mois, Ferraro de quatre ans et deux mois. Tous deux ont toujours proclamé leur innocence.
La justice considère ainsi que Scattone se trouvait dans la pièce d’où provenait le tir et qu’il avait manipulé l’arme ayant tué Marta. Mais elle ne parvient pas à déterminer pour quelle raison cette arme se trouvait là ni pourquoi elle a été utilisée. La qualification d’homicide involontaire permet juridiquement de résoudre cette difficulté : il n’est plus nécessaire de démontrer l’existence d’un projet meurtrier.
Une affaire résolue sans scénario complet
C’est précisément là que l’affaire Marta Russo conserve toute sa singularité. Elle n’est pas un cold case classique : la justice italienne a jugé, condamné et rendu une décision définitive. Pourtant, la reconstruction du crime demeure incomplète. L’arme n’a jamais été retrouvée et le mobile n’a jamais été établi. Une partie importante du dossier repose en outre sur des témoignages qui ont provoqué d’intenses controverses judiciaires.
La justice a donc répondu à la question de la responsabilité pénale, mais pas complètement à celle des faits. Pourquoi Giovanni Scattone aurait-il manipulé une arme chargée devant cette fenêtre ? Pourquoi le coup est-il parti précisément à cet instant ? Et comment Marta Russo, qui passait simplement dans une allée universitaire, s’est-elle retrouvée sur sa trajectoire ?
Le mystère derrière le verdict
Près de trente ans après les faits, l’affaire demeure troublante parce qu’elle confronte deux notions qui ne coïncident pas toujours : la vérité judiciaire et la reconstitution complète d’un événement. La première est établie par une condamnation définitive. La seconde conserve ici des espaces laissés vides.
Marta Russo a donc bien un responsable désigné par la justice. Mais le dossier n’a jamais livré une histoire capable d’expliquer entièrement sa mort. Un coup de feu a été attribué à un homme, une condamnation a été prononcée, mais la raison pour laquelle cette balle a été tirée dans une université romaine le 9 mai 1997 reste l’énigme centrale de l’affaire.
La Rédaction
Sources et références
- Cour de cassation italienne — décisions relatives à l’affaire Marta Russo.
- ANSA — archives judiciaires de l’affaire.
- Archives judiciaires de la Cour d’assises et de la Cour d’assises d’appel de Rome.
- Presse italienne — archives consacrées aux procès Scattone et Ferraro.

