En août 1986, une femme de 89 ans est retrouvée étranglée dans son appartement, aux Pays-Bas. Les enquêteurs soupçonnent rapidement une aide-soignante qui intervenait auprès d’elle. Après plusieurs interrogatoires, Ina Post finit par reconnaître le meurtre. Pourtant, ses déclarations contiennent des contradictions troublantes et aucune preuve matérielle décisive ne confirme sa culpabilité. Condamnée à six ans de prison, elle passera plus de vingt ans à tenter de faire reconnaître son innocence. Son acquittement, en octobre 2010, révélera une erreur judiciaire construite autour d’une question essentielle : comment peut-on avouer un crime que l’on n’a pas commis ?
Une femme étranglée, des chèques disparus
Le 22 août 1986, le corps d’une femme âgée de 89 ans, Mme Kolstee, est découvert dans son appartement de Leidschendam, près de La Haye. La victime a été étranglée. Plusieurs chèques ont également disparu de son domicile, orientant les investigations vers l’hypothèse d’un meurtre lié à un vol.
La police s’intéresse à Ina Post, une aide-soignante qui connaissait la victime et lui rendait régulièrement visite. Des ressemblances relevées lors de comparaisons d’écriture sur les chèques renforcent les soupçons. Les enquêteurs cherchent alors à établir si elle aurait pu dérober ces documents avant de tuer la vieille dame.
Mais les investigations ne permettent pas de découvrir de preuve matérielle établissant directement sa responsabilité dans le meurtre. L’affaire va progressivement se concentrer sur les déclarations de la suspecte.
Des aveux qui ne correspondent pas aux faits
Soumise à plusieurs jours d’interrogatoires intensifs, Ina Post finit par avouer le meurtre en septembre 1986. Elle reconnaît également avoir encaissé des chèques appartenant à la victime. Ses déclarations deviennent la pièce centrale de l’accusation.
Elle se rétracte ensuite, affirmant avoir cédé sous une pression psychologique considérable. Plusieurs éléments de son récit posent problème. Elle évoque notamment des violences avec une canne, alors que les constatations médico-légales ne confirment pas cette version.
Plus troublant encore, certains détails présentés comme des connaissances réservées au meurtrier pouvaient provenir d’informations déjà publiées ou communiquées pendant l’enquête. La question de l’origine véritable de ses déclarations n’est pourtant pas suffisamment approfondie.
Le 25 mai 1987, Ina Post est condamnée à six ans d’emprisonnement. La condamnation est confirmée en appel. Elle est libérée en septembre 1990, après environ quatre années de détention, mais reste officiellement coupable.
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Une enquête réexaminée des années plus tard
Ina Post multiplie les démarches pour obtenir la révision de son procès. Ses premières tentatives échouent. L’affaire attire cependant l’attention de spécialistes des erreurs judiciaires, qui s’interrogent sur la fiabilité des aveux et sur les lacunes des investigations initiales.
Une commission néerlandaise chargée d’évaluer certaines affaires pénales définitivement jugées entreprend un réexamen. En 2008, ses conclusions mettent en évidence de graves défaillances : l’enquête n’avait pas présenté les faits de manière suffisamment complète et équilibrée, tandis que la vulnérabilité psychologique de la suspecte avait été négligée.
Un autre point fragilise le dossier. De nouvelles interrogations sur l’heure du décès suggèrent que la victime aurait pu mourir à un moment incompatible avec la chronologie retenue contre Ina Post.
En 2009, la Cour suprême des Pays-Bas ordonne la révision de l’affaire. Vingt-deux ans après sa condamnation, les éléments qui avaient permis de la déclarer coupable sont enfin soumis à un nouvel examen judiciaire.
Une confession privée de toute valeur probante
Lors du nouveau procès, la cour d’appel de Bois-le-Duc réévalue les aveux, les témoignages et les éléments matériels. Les magistrats constatent que les déclarations d’Ina Post présentent trop d’incohérences pour constituer une preuve fiable.
La cour ne conclut pas que les policiers ont nécessairement exercé des pressions illégales. Elle considère néanmoins que l’état psychologique de la suspecte, associé aux conditions des interrogatoires, pouvait avoir favorisé de faux aveux.
Surtout, les déclarations ne révèlent aucune connaissance incontestable du crime que seule son auteure aurait pu posséder. Les informations fournies pouvaient avoir été apprises autrement, notamment dans la presse ou lors d’une visite du logement avec les enquêteurs.
Le 6 octobre 2010, Ina Post est acquittée. Le ministère public renonce à contester la décision. Après vingt-trois années de combat judiciaire, la condamnation qui avait bouleversé sa vie disparaît enfin.
Un meurtre sans coupable, une condamnation effacée
L’acquittement d’Ina Post ne résout pas le meurtre de Mme Kolstee. L’identité de la personne qui a étranglé la victime et dérobé ses chèques demeure inconnue. La justice reconnaît cependant que les éléments réunis contre l’ancienne aide-soignante ne permettaient pas de soutenir sa culpabilité.
L’affaire révèle une défaillance particulièrement grave : des aveux ont été considérés comme la confirmation d’une hypothèse policière alors que leur contenu aurait dû conduire à s’interroger sur leur authenticité.
Comment une femme a-t-elle pu être condamnée sur des déclarations dont les contradictions étaient déjà perceptibles pendant l’enquête ? L’affaire Ina Post rappelle qu’un aveu n’est pas nécessairement une preuve de vérité. Sans vérification indépendante, il peut devenir le point de départ d’une erreur judiciaire durable, laissant à la fois un innocent condamné et un meurtre irrésolu.
La Rédaction
Sources et références
- Rechtspraak.nl, justice néerlandaise, dossier thématique « Rechterlijke dwalingen : Bekentenissen », affaire Ina Post.
- Cour d’appel de Bois-le-Duc, arrêt du 6 octobre 2010, ECLI:NL:GHSHE:2010:BN9444.
- Cour suprême des Pays-Bas, décision de révision de 2009, ECLI:NL:HR:2009:BI1689.
- NOS Nieuws, « Vrijspraak voor Ina Post », 6 octobre 2010.
- European Registry of Exonerations, dossier « Ina Post ».

