Pendant près de deux décennies, les campagnes autour de Florence deviennent le théâtre d’une série criminelle qui va profondément marquer l’Italie. Des couples sont attaqués dans des lieux isolés, généralement à bord de leur voiture. Entre 1968 et 1985, huit doubles meurtres, soit seize victimes, sont progressivement reliés à une même arme. Pourtant, malgré des décennies d’enquête, plusieurs procès et des condamnations définitives, une question essentielle n’a jamais complètement disparu : qui se cachait réellement derrière l’ensemble des crimes attribués au « Monstre de Florence » ?
Une arme relie seize victimes
Le premier double meurtre remonte au 21 août 1968, près de Signa. Barbara Locci et Antonio Lo Bianco sont abattus dans une voiture. À l’époque, Stefano Mele, mari de Barbara, est condamné pour ce crime. L’affaire paraît alors indépendante. Mais en 1982, les enquêteurs découvrent que les projectiles de 1968 présentent un lien balistique avec ceux utilisés dans les crimes plus récents. Le premier meurtre rejoint alors la série.
De 1974 à 1985, sept autres couples sont assassinés dans différents secteurs de la province de Florence. La même arme, une Beretta de calibre .22 utilisant des munitions Winchester, relie les scènes. Plusieurs victimes féminines subissent également des mutilations après leur mort. L’arme, pièce centrale de toute l’affaire, ne sera jamais retrouvée.
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Pietro Pacciani au centre de l’enquête
Après plusieurs pistes infructueuses, l’enquête se concentre au début des années 1990 sur Pietro Pacciani, agriculteur de Mercatale. En 1994, la cour d’assises de Florence le condamne à plusieurs peines de réclusion à perpétuité pour sept des huit doubles meurtres. La justice semble enfin avoir donné un visage au Monstre.
Mais cette première vérité judiciaire ne résiste pas. En 1996, Pacciani est acquitté en appel. La Cour de cassation annule ensuite cet acquittement et ordonne qu’il soit rejugé. Le nouveau procès n’aura jamais lieu : Pietro Pacciani meurt en février 1998. Sa responsabilité dans les crimes ne fera donc jamais l’objet d’une condamnation définitive.
Les « compagnons de goûter » devant la justice
Entre-temps apparaît une autre piste : celle des compagni di merende, les « compagnons de goûter ». Mario Vanni et Giancarlo Lotti, proches de Pacciani, sont accusés d’avoir participé à plusieurs crimes. Lotti reconnaît notamment une implication et met en cause ses connaissances.
Cette fois, les condamnations deviennent définitives. En 2000, la Cour de cassation confirme la réclusion à perpétuité de Mario Vanni et les 26 années de prison infligées à Giancarlo Lotti. Mais leur responsabilité judiciaire ne porte que sur les quatre derniers doubles meurtres, commis entre 1982 et 1985.
Des condamnations qui ne résolvent pas toute la série
C’est ici que l’affaire devient particulièrement complexe. La justice italienne a définitivement reconnu Vanni et Lotti responsables de certains crimes. Elle n’a cependant jamais produit une explication judiciaire unique permettant d’attribuer avec certitude les huit doubles meurtres au même groupe d’hommes.
L’arme commune aux crimes n’a jamais été retrouvée. Pacciani est mort sans condamnation définitive. Et les quatre premiers doubles meurtres de la série ne sont pas couverts par les condamnations définitives prononcées contre Vanni et Lotti. La question de l’auteur, ou des auteurs, de l’ensemble de la série reste donc distincte de celle des responsabilités déjà établies par les tribunaux.
Une vérité judiciaire encore contestée
Même les condamnations anciennes continuent de faire l’objet de batailles judiciaires. En janvier 2025, les avocats du neveu de Mario Vanni ont demandé la révision de sa condamnation. Ils se sont notamment appuyés sur une nouvelle expertise d’entomologie médico-légale concernant le dernier double meurtre, celui de Nadine Mauriot et Jean-Michel Kraveichvili à Scopeti en septembre 1985. Selon cette expertise produite par la défense, la date des morts pourrait être antérieure à celle retenue dans le récit de Giancarlo Lotti.
En juillet 2025, la cour d’appel de Gênes a déclaré cette demande de révision irrecevable. Les avocats ont annoncé un recours devant la Cour de cassation. Ce nouvel épisode montre combien, plusieurs décennies après les crimes, la reconstruction judiciaire continue elle-même d’être discutée.
Le Monstre avait-il réellement un seul visage ?
C’est finalement cette question qui traverse toute l’affaire. L’expression « Monstre de Florence » laisse imaginer un tueur unique. Or l’histoire judiciaire a progressivement fait apparaître plusieurs protagonistes, différentes hypothèses de complicité et des responsabilités limitées à une partie de la série.
Seize personnes ont été tuées. Une même arme relie les huit doubles meurtres. Deux hommes ont été définitivement condamnés pour quatre d’entre eux. Un troisième a connu condamnation, acquittement puis annulation de cet acquittement avant de mourir sans jugement définitif. Et pourtant, près de soixante ans après le premier crime, la justice italienne ne dispose toujours pas d’une vérité judiciaire capable d’expliquer, de bout en bout, l’ensemble de la série.
L’énigme du Monstre de Florence n’est donc plus seulement de savoir qui a tué. Elle consiste à déterminer si les hommes jugés représentaient toute l’organisation criminelle, seulement une partie de celle-ci, ou si certains responsables de ces seize morts n’ont jamais comparu devant aucun tribunal.
La Rédaction
Sources et références
- Cour d’assises de Florence — procès Pietro Pacciani.
- Cour de cassation italienne — procédures Vanni et Lotti.
- Rai / Chi l’ha visto? — archives judiciaires du Monstre de Florence.
- ANSA — procédures récentes relatives à la demande de révision de Mario Vanni.
- Corriere della Sera — archives consacrées aux huit doubles meurtres.

