Le 17 juin 1980, Maria James est retrouvée sauvagement assassinée dans sa librairie de Melbourne, en Australie. Cette mère de deux enfants venait de découvrir des accusations d’abus sexuels visant un prêtre proche de sa famille. L’enquête s’oriente vers plusieurs suspects, mais aucune arrestation ne débouche sur un procès. Des décennies plus tard, une révélation bouleverse le dossier : pendant quatorze ans, la police a exploité une trace ADN provenant d’un autre meurtre. Une erreur qui a contribué à écarter des suspects et à obscurcir une affaire toujours irrésolue.
Un assassinat dans une librairie de Melbourne
Maria James, 38 ans, tient une librairie d’occasion à Thornbury, dans la banlieue de Melbourne. Le 17 juin 1980, son corps est découvert dans la partie résidentielle du bâtiment. Elle a reçu 68 coups de couteau, révélant une violence particulièrement extrême.
Quelques jours avant sa mort, Maria avait appris que son fils Adam aurait subi des abus sexuels de la part d’un prêtre catholique. Elle envisageait de confronter le religieux à ces accusations. Cette circonstance devient progressivement l’une des pistes importantes de l’enquête.
Les policiers examinent également l’hypothèse d’un crime commis par une personne extérieure à l’entourage familial. Malgré les investigations, aucun élément ne permet d’établir avec certitude l’identité de l’assassin.
Deux suspects et des témoignages troublants
Le père Anthony Bongiorno, prêtre catholique mis en cause dans les accusations d’abus, attire l’attention des enquêteurs. Des témoignages le situent à proximité des lieux et des incohérences apparaissent dans les informations concernant ses déplacements. Il nie toute implication dans le meurtre et meurt sans avoir été inculpé.
Un autre suspect émerge : Peter Keogh, condamné pour un meurtre commis plusieurs années après celui de Maria James. Certains propos qui lui sont attribués semblent évoquer une femme assassinée dans une librairie. Mais ces éléments ne suffisent pas à établir sa responsabilité.
L’enquête demeure fragile. Les témoignages sont parfois contradictoires, plusieurs pistes restent ouvertes et les preuves matérielles ne permettent pas de départager les suspects. La famille de Maria James continue pourtant de réclamer la vérité.
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L’ADN qui provenait d’un autre meurtre
Au début des années 2000, les enquêteurs disposent d’un profil ADN masculin obtenu à partir d’une taie d’oreiller ensanglantée, supposément prélevée sur la scène du meurtre. Cette trace est comparée à celles de plusieurs suspects.
Les résultats semblent disculper certains hommes examinés par la police, notamment le père Bongiorno. Pendant des années, cette preuve scientifique paraît constituer un élément fiable du dossier.
Mais en 2017, une investigation journalistique menée par la télévision publique australienne ABC révèle une erreur majeure. La police reconnaît que la taie d’oreiller provenait en réalité d’une autre scène de crime, liée au meurtre de Noel McCoy en 1975.
L’ADN utilisé pendant quatorze ans n’avait donc aucun rapport avec l’assassinat de Maria James.Les comparaisons effectuées à partir de cette trace ne permettaient pas d’exclure les suspects de son meurtre.
Des preuves perdues, une enquête relancée
Cette découverte met en lumière d’autres défaillances. Plusieurs pièces à conviction ont été égarées ou mal conservées, notamment des vêtements ensanglantés. Leur disparition complique les possibilités de nouvelles analyses scientifiques.
Une enquête coronariale reprend l’examen du dossier. Le 31 mars 2022, la magistrate Caitlin English rend ses conclusions. Elle ne peut identifier formellement l’auteur du meurtre, mais souligne les graves insuffisances dans la gestion des preuves et considère qu’Anthony Bongiorno et Peter Keogh demeurent des suspects importants.
Les investigations montrent ainsi que certaines possibilités d’élucidation ont été compromises par les erreurs commises au fil des décennies. Les nouvelles technologies médico-légales ne peuvent pas toujours réparer les conséquences d’une preuve perdue ou mal attribuée.
Une vérité toujours inaccessible
En juin 2024, la police de Victoria annonce une récompense d’un million de dollars australiens pour toute information permettant d’identifier et de faire condamner le meurtrier. Plus de quarante ans après les faits, personne n’a été inculpé pour l’assassinat de Maria James.
L’affaire illustre un paradoxe judiciaire particulièrement troublant : une technique scientifique censée rapprocher les enquêteurs de la vérité a contribué à les en éloigner, parce que la pièce analysée ne provenait pas du bon dossier.
Qui a tué Maria James, et quelles pistes auraient pu aboutir si les preuves avaient été correctement conservées et identifiées ? Ces deux questions demeurent indissociables. Derrière le mystère du meurtrier se dessine celui d’une enquête dont les erreurs ont peut-être empêché la justice de découvrir la vérité.
La Rédaction
Sources et références
- Coroners Court of Victoria, conclusions de l’enquête coronariale sur la mort de Maria James, magistrate Caitlin English, 31 mars 2022.
- Australian Broadcasting Corporation (ABC), podcast d’investigation Trace, consacré au meurtre de Maria James, 2017.
- Victoria Police, appel à témoins et annonce d’une récompense d’un million de dollars australiens, juin 2024.
- ABC News, reportages sur les erreurs d’identification ADN et les conclusions de l’enquête coronariale, 2017-2022.

