Le Comité international olympique (CIO) s’apprête à revoir en profondeur la manière dont sont désignées les villes organisatrices des Jeux olympiques. Objectif affiché : remettre de la clarté, de la lisibilité et de la transparence dans une procédure devenue trop opaque depuis la réforme de 2019, alors que la bataille pour accueillir les Jeux d’été de 2036 s’annonce particulièrement disputée.
Réunie lors de sa 145ᵉ session à Milan, l’instance olympique a ouvert le chantier d’un ajustement du système actuel. Kolinda Grabar-Kitarovic, ancienne présidente croate et aujourd’hui membre influente du CIO, a reconnu que la méthode en vigueur, bien qu’elle ait permis de réduire les coûts et la pression politique, montre désormais ses limites. « Il n’est pas question de revenir au modèle ruineux d’avant 2019, mais la procédure actuelle a besoin d’améliorations », a-t-elle expliqué.
Une procédure devenue trop fermée
Depuis sept ans, le CIO a profondément changé sa logique d’attribution. Fini les campagnes longues et coûteuses, les votes spectaculaires et les mises en concurrence publiques. À la place, un processus discret : les discussions se font en coulisses, la commission exécutive choisit un « hôte préférentiel », puis l’ensemble des membres entérine la décision sans véritable compétition visible.
Cette approche a certes permis d’éviter des échecs humiliants pour les villes candidates et de freiner l’explosion des budgets, mais elle suscite aussi des critiques. Pour beaucoup d’observateurs, le système manque de transparence, réduit l’implication des membres du CIO et laisse peu de place à un débat ouvert sur les mérites réels des projets.
Vers une « étape intermédiaire »
Pour corriger ces dérives, le groupe de travail dirigé par Mme Grabar-Kitarovic propose l’introduction d’une phase intermédiaire. L’idée est de retenir un nombre limité de candidatures qui feront l’objet d’une évaluation approfondie sur la base de critères publics, établis à l’avance.
Parmi les éléments qui devraient peser dans la balance figurent notamment :
•la qualité du plan directeur des sites sportifs,
•la clarté du programme des compétitions,
•les garanties financières apportées par les États et collectivités,
•l’expérience dans l’organisation d’événements multisports,
•l’existence d’infrastructures déjà opérationnelles,
•ainsi que la durabilité environnementale, sociale et économique des projets.
Cette évolution vise à rendre le processus plus compréhensible pour les acteurs sportifs, les gouvernements et l’opinion publique, tout en conservant la souplesse acquise depuis la réforme de 2019.
Des attributions aux calendriers contrastés
La méthode actuelle a déjà produit des situations très différentes. Les Jeux de 2032 ont ainsi été attribués à Brisbane avec onze ans d’avance, offrant une grande visibilité à l’Australie. À l’inverse, les Jeux d’hiver de 2030 ont été confiés aux Alpes françaises à moins de six ans de l’échéance, alors que la carte définitive des sites, le programme sportif et même le budget détaillé restent encore à consolider.
Ce contraste nourrit les interrogations internes : faut-il attribuer très tôt pour sécuriser les investissements, ou attendre davantage pour affiner les projets ? Là encore, le CIO souhaite bâtir des calendriers plus structurés afin d’éviter ces écarts.
2036, une compétition mondiale ouverte
La prochaine grande décision concernera les Jeux olympiques d’été de 2036. De nombreuses puissances sportives et politiques ont déjà manifesté leur intérêt. L’Inde rêve d’un premier accueil olympique, tandis que la Corée du Sud, la Turquie, le Chili, le Qatar ou encore l’Afrique du Sud avancent leurs pions pour séduire Lausanne.
Dans ce contexte très concurrentiel, la crédibilité de la procédure d’attribution devient stratégique pour le CIO. Plus qu’un simple choix de ville, il s’agit de préserver la confiance des États, des fédérations sportives et du public dans la gouvernance olympique.
En voulant remettre la transparence au cœur du dispositif, l’institution espère trouver un équilibre entre efficacité, équité et durabilité, afin que les Jeux restent une vitrine sportive mondiale, mais aussi un projet acceptable économiquement et politiquement pour les pays hôtes.
La Rédaction

