Le 12 mai 1990, Mami Matsuda, quatre ans, disparaît dans la ville japonaise d’Ashikaga. Son corps est découvert le lendemain près d’une rivière. Un ancien chauffeur de bus scolaire, Toshikazu Sugaya, est arrêté puis condamné à la prison à vie sur la base d’une expertise ADN et d’aveux qu’il rétractera. Dix-sept ans plus tard, une nouvelle analyse génétique démontre que les traces biologiques ayant contribué à sa condamnation ne lui appartiennent pas. La justice finit par l’acquitter, reconnaissant une erreur majeure. Mais le meurtrier de la fillette, lui, n’a jamais été judiciairement identifié.
Une disparition près d’une salle de pachinko
Le 12 mai 1990, Mami Matsuda disparaît alors qu’elle se trouve dans un établissement de pachinko, un jeu très populaire au Japon, à Ashikaga, dans la préfecture de Tochigi. Les recherches aboutissent le lendemain à la découverte de son corps sur les berges de la rivière Watarase.
L’enquête s’oriente vers un enlèvement suivi d’un meurtre. Des traces biologiques sont prélevées sur les vêtements de la victime. Elles vont progressivement devenir le centre d’une procédure judiciaire dont les conséquences dépasseront largement le dossier criminel initial.
Une expertise ADN désigne Toshikazu Sugaya
En décembre 1991, les enquêteurs arrêtent Toshikazu Sugaya, ancien chauffeur de bus scolaire. Une analyse génétique réalisée selon les techniques disponibles à l’époque semble établir une correspondance entre son profil et les traces recueillies sur les vêtements de Mami.
Cette expertise devient déterminante. Les policiers interrogent Sugaya en partant du principe que le résultat scientifique confirme déjà sa culpabilité. Confronté à cette certitude, l’homme finit par avouer le meurtre avant de revenir sur ses déclarations, affirmant avoir cédé sous la pression des interrogatoires.
Pourtant, plusieurs éléments fragilisent le dossier. Aucun témoin ne l’a formellement identifié dans l’établissement d’où Mami avait disparu, et des empreintes relevées sur les lieux ne correspondent pas aux siennes. L’enquête reste néanmoins concentrée sur lui.
Condamné à perpétuité malgré ses rétractations
Le 7 juillet 1993, le tribunal d’Utsunomiya reconnaît Sugaya coupable et le condamne à la prison à vie. Les juges retiennent notamment l’expertise génétique et les aveux recueillis pendant l’enquête.
L’accusé continue pourtant de proclamer son innocence. Ses recours échouent successivement et, en juillet 2000, la Cour suprême japonaise confirme définitivement sa condamnation. Sugaya demeure incarcéré tandis que ses soutiens poursuivent leur combat pour obtenir une nouvelle expertise.
Le paradoxe judiciaire est déjà considérable : les aveux sont contestés, mais leur crédibilité repose en grande partie sur une analyse ADN que les enquêteurs considèrent comme suffisamment fiable pour avoir identifié le meurtrier.
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Quand l’ADN détruit la preuve initiale
Le retournement survient en 2009. Dans le cadre des démarches engagées pour obtenir la révision du procès, de nouvelles analyses génétiques sont réalisées à partir des éléments biologiques conservés.
Le résultat est sans équivoque sur un point essentiel : le profil génétique retrouvé sur les vêtements de Mami Matsuda ne correspond pas à celui de Toshikazu Sugaya.
L’expertise qui avait contribué à le faire condamner devient ainsi l’élément scientifique permettant de remettre en cause sa culpabilité. Le 4 juin 2009, Sugaya est libéré après avoir passé dix-sept ans et demi en prison. Un nouveau procès est ensuite organisé devant le tribunal d’Utsunomiya.
La justice reconnaît une erreur majeure
Le 26 mars 2010, le tribunal d’Utsunomiya prononce l’acquittement de Toshikazu Sugaya. La décision écarte l’ancienne expertise génétique et reconnaît le caractère mensonger des aveux obtenus pendant l’enquête.
La scène est inhabituelle : le président du tribunal, Masanobu Sato, présente personnellement ses excuses à Sugaya. Les trois magistrats se lèvent et s’inclinent devant l’homme dont la liberté a été confisquée pendant plus de dix-sept années. Le parquet renonce à faire appel, rendant l’acquittement définitif.
Quelques jours plus tard, les autorités policières et judiciaires japonaises publient les conclusions de leurs examens internes. Le parquet reconnaît notamment une confiance excessive dans l’expertise ADN initiale et une mauvaise appréciation des aveux. L’enquête avait été conduite à partir d’une conviction de culpabilité que les éléments contraires n’étaient plus parvenus à ébranler.
Un innocent libéré, un crime toujours sans réponse
L’affaire d’Ashikaga illustre une défaillance particulièrement troublante : une expertise scientifique erronée a contribué à convaincre les enquêteurs de la culpabilité d’un homme, puis les aveux obtenus sous cette conviction ont servi à renforcer le dossier judiciaire.
La nouvelle analyse ADN a permis de corriger cette erreur, mais elle n’a pas révélé l’identité de l’assassin de Mami Matsuda. Le meurtre demeure non résolu, plusieurs décennies après les faits.
Deux histoires judiciaires subsistent ainsi dans un même dossier. Celle de Toshikazu Sugaya, condamné à perpétuité avant d’être innocenté après dix-sept ans et demi de détention, et celle d’une enfant de quatre ans dont le véritable meurtrier n’a jamais été identifié par la justice. Comment une preuve censée établir la vérité a-t-elle pu provoquer une telle erreur, tandis que le crime qu’elle devait résoudre demeurait impuni ?
La Rédaction
Sources et références
- Kyodo News, compte rendu de l’acquittement de Toshikazu Sugaya, 26 mars 2010.
- The Japan Times, conclusions des examens internes du parquet et de la police japonaise, avril 2010.
- ABC News Australia, couverture de la réhabilitation de Toshikazu Sugaya, 27 mars 2010.
- Kyodo News, archives et chronologie judiciaire de l’affaire d’Ashikaga.

