Pendant plus de quarante ans, Douglas Stewart Carter a vécu sous la menace d’une exécution pour le meurtre d’Eva Olesen, tuée chez elle dans l’Utah en 1985. Sa condamnation reposait notamment sur des aveux qu’il affirme avoir signés sous la contrainte et sur deux témoins qui diront, des années plus tard, avoir subi des pressions policières. En 2025, la justice annule finalement le verdict en raison de graves fautes commises pendant l’enquête et les poursuites. Puis, en septembre 2026, une nouvelle analyse ADN exclut Carter de deux traces provenant de la scène de crime.
Le 28 septembre, après 41 années de détention, il est libéré sous caution. Mais il n’est pas acquitté et le meurtre d’Eva Olesen reste au cœur d’une procédure désormais profondément bouleversée.
Un meurtre à Provo et des aveux contestés
Le 27 février 1985, Eva Olesen est retrouvée morte dans sa maison de Provo, dans l’Utah. Elle a été poignardée et abattue. Ses mains sont attachées derrière son dos et son corps partiellement dévêtu. L’affaire possède une particularité locale importante : la victime est la tante du chef de la police de Provo de l’époque.
L’enquête finit par se concentrer sur Douglas Carter, originaire de Chicago. Arrêté quelques mois plus tard dans le Tennessee, il signe des aveux pendant un interrogatoire mené par un policier de Provo. Carter soutiendra par la suite avoir faussement confessé le crime après avoir été menacé et soumis à des pressions. À l’époque, aucune preuve matérielle ne le relie directement à la scène de crime.
Deux témoins renforcent l’accusation
Le dossier repose également sur Epifanio et Lucia Tovar. Le couple affirme que Carter leur a parlé du meurtre et fournit des déclarations venant conforter certains éléments de ses aveux. En 1985, Carter est reconnu coupable de meurtre aggravé et condamné à mort. Après différentes procédures, une nouvelle condamnation à mort est prononcée en 1992.
Pendant des années, le dossier paraît donc solidement refermé. Mais en 2011, les Tovar, retrouvés au Mexique, livrent une version très différente de leur participation à l’enquête. Ils affirment que des policiers les avaient poussés à faire de fausses déclarations, leur avaient fourni de l’argent et d’autres avantages et leur avaient demandé de dissimuler cette aide. Ils disent également avoir subi des menaces liées à leur situation migratoire et à celle de leur fils.
Ces révélations déclenchent une longue bataille judiciaire. Elles ne constituent plus aujourd’hui de simples accusations de la défense : les juridictions de l’Utah ont examiné les agissements des enquêteurs et du parquet.
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La justice découvre des fautes intentionnelles
En mai 2025, la Cour suprême de l’Utah confirme la décision accordant à Carter un nouveau procès. Son constat est particulièrement sévère. Elle relève plusieurs actes intentionnels de mauvaise conduite impliquant deux policiers et un procureur.
Selon la décision, des éléments favorables à la défense avaient été dissimulés et de faux témoignages n’avaient pas été corrigés. La juridiction retient notamment qu’Epifanio Tovar avait été incité à fabriquer une déclaration destinée à renforcer l’idée que Carter avait prémédité une agression sexuelle. Les juges considèrent que ces violations ont porté atteinte à son droit constitutionnel à un procès équitable et suffisamment fragilisé aussi bien la déclaration de culpabilité que la peine capitale. La condamnation et la sentence sont annulées, mais un nouveau procès reste possible.
Carter demeure donc détenu pendant que l’accusation prépare une nouvelle procédure. C’est alors que la science vient ajouter une difficulté majeure à un dossier déjà profondément affaibli.
Quarante et un ans plus tard, l’ADN ne correspond pas
De nouvelles analyses sont effectuées sur des éléments provenant de la scène de crime. Le parquet reçoit les résultats le 22 septembre 2026. Carter est exclu comme source possible du sang retrouvé sur une poignée de porte. Il est également exclu du matériel génétique prélevé sur le manche d’un couteau utilisé pour poignarder Eva Olesen.
Le procureur du comté de l’Utah, Jeffrey Gray, prend immédiatement une décision importante : l’accusation renonce à réclamer de nouveau la peine de mort et annonce qu’elle va réexaminer l’opportunité même de poursuivre Carter.
Mais le parquet formule une réserve essentielle. Ces résultats ADN ne l’innocentent pas nécessairement. L’arme à feu utilisée pour tuer Eva Olesen n’a jamais été retrouvée et l’accusation rappelle que Carter avait signé des aveux. Sa défense répond que ces aveux avaient été obtenus sous la contrainte et réclame désormais l’abandon pur et simple du dossier.
Une sortie de prison, mais pas encore un acquittement
Le 28 septembre 2026, le juge Derek Pullan autorise finalement Douglas Carter, désormais âgé de 71 ans, à sortir sous caution. Les procureurs ne s’opposent pas à sa libération sous certaines conditions. Il doit notamment porter un dispositif GPS et ne pas entrer en contact avec la famille d’Eva Olesen.
Après 41 années derrière les barreaux, dont plusieurs décennies dans le couloir de la mort, Carter quitte la prison du comté de l’Utah dans la soirée. Il reste cependant poursuivi pour meurtre aggravé. Un nouveau procès était prévu pour 2027, tandis que le parquet poursuit désormais son réexamen du dossier à la lumière des résultats génétiques.
La prudence est donc indispensable : Carter n’a pas été déclaré innocent par un tribunal et aucune juridiction n’a établi qu’une autre personne avait tué Eva Olesen.
Une condamnation effondrée, une vérité encore à établir
L’affaire Douglas Carter est devenue une énigme judiciaire parce que presque chaque fondation de la condamnation initiale est désormais contestée ou fragilisée. Il n’existait pas de preuve matérielle le reliant à la scène de crime lors du procès. Ses aveux sont dénoncés comme contraints. Les deux témoins qui les confortaient ont ensuite accusé les enquêteurs de pressions et d’avantages dissimulés. La Cour suprême de l’Utah a elle-même retenu de graves fautes intentionnelles, avant que de nouvelles analyses génétiques n’excluent Carter de deux traces importantes retrouvées sur les lieux.
Mais l’ADN ne fournit pas encore à lui seul une nouvelle vérité judiciaire. Le parquet réévalue les poursuites et la famille d’Eva Olesen rappelle que l’absence de correspondance génétique ne démontre pas nécessairement que Carter n’était pas présent lors du crime.
Quarante et un ans après le meurtre, la justice de l’Utah se retrouve donc devant une situation qu’elle croyait avoir définitivement résolue en 1985 : Douglas Carter doit-il encore être jugé pour la mort d’Eva Olesen ou quatre décennies ont-elles été consacrées à poursuivre le mauvais homme, laissant le véritable meurtrier hors de portée ?
La Rédaction
Sources et références
- Cour suprême de l’Utah, Carter v. State, décision du 15 mai 2025.
- Associated Press, suivi des nouvelles analyses ADN et de la libération de Douglas Carter, septembre 2026.
- Utah News Dispatch, audience de libération et état de la procédure, 28 septembre 2026.
- Utah County Attorney, documents judiciaires relatifs au réexamen des poursuites.

