En décembre 2006, la découverte d’ossements humains près d’une maison de Nithari, dans la banlieue de New Delhi, révèle une succession de disparitions jusque-là insuffisamment élucidées. Des enfants et de jeunes femmes ont été tués, laissant des familles dans l’attente de réponses. Deux hommes deviennent les principaux accusés et plusieurs condamnations à mort sont prononcées. Mais près de vingt ans plus tard, la justice indienne remet en cause les preuves utilisées contre eux. En novembre 2025, la Cour suprême annule la dernière condamnation de Surinder Koli. L’affaire laisse une énigme particulièrement douloureuse : des crimes incontestables, mais des responsabilités pénales qui n’ont pas été établies.
Des disparitions ignorées, puis une découverte macabre
Depuis plusieurs années, des familles modestes du quartier de Nithari, à Noida, signalent la disparition de leurs enfants. Les recherches n’aboutissent pas et les proches dénoncent le manque d’attention accordé à leurs plaintes.
À la fin de décembre 2006, des restes humains sont découverts dans un terrain et des canalisations situés derrière une maison appartenant à l’homme d’affaires Moninder Singh Pandher. Les fouilles mettent au jour des ossements et des effets personnels, dont certains permettent d’identifier des victimes. L’ampleur des découvertes provoque une vive émotion dans toute l’Inde.
La police arrête Pandher et son employé domestique, Surinder Koli. Les enquêteurs soupçonnent ce dernier d’avoir attiré des victimes dans la propriété avant de les assassiner. Mais la reconstitution des crimes se heurte rapidement à une difficulté majeure : les restes ont été retrouvés dans un espace accessible, tandis que les preuves permettant de relier chaque victime à un auteur précis demeurent fragiles.
Des aveux au centre des condamnations
L’enquête est confiée au Central Bureau of Investigation (CBI), la police fédérale indienne. Surinder Koli est poursuivi dans treize dossiers criminels. Moninder Singh Pandher est également mis en accusation dans plusieurs affaires.
Les poursuites reposent notamment sur des aveux attribués à Koli et sur la découverte de restes humains que les enquêteurs présentent comme liée à ses indications. Les procès aboutissent à plusieurs condamnations à mort, dans un climat marqué par l’horreur des crimes et l’attente de justice des familles.
Pourtant, les aveux sont contestés. La défense dénonce les conditions de détention et d’interrogatoire, ainsi que l’absence de garanties permettant d’établir la fiabilité des déclarations. La question des découvertes matérielles devient également centrale : les ossements retrouvés prouvent que des victimes ont subi des violences mortelles, mais permettent-ils d’attribuer les crimes aux accusés ?
Une enquête dont les preuves s’effondrent
Le 16 octobre 2023, la Haute Cour d’Allahabad acquitte Surinder Koli dans douze affaires et Moninder Singh Pandher dans deux autres. Les magistrats relèvent de profondes insuffisances dans la conduite des investigations et l’administration des preuves.
La cour considère notamment que les aveux ne présentent pas les garanties nécessaires et que les découvertes d’ossements ne peuvent être attribuées de manière fiable aux seules indications de Koli. Les restes se trouvaient dans un espace ouvert, dont l’existence était déjà connue avant certaines opérations policières.
Les juges soulignent également l’absence de preuves scientifiques suffisamment solides pour compléter la chaîne des indices. Les investigations n’ont pas permis d’examiner correctement toutes les pistes, notamment les soupçons concernant un éventuel trafic d’organes, sans que cette hypothèse soit pour autant démontrée.
Le 30 juillet 2025, la Cour suprême rejette les recours contestant ces acquittements. Les conclusions de la Haute Cour sont ainsi confirmées.
À lire aussi : Énigmes judiciaires : l’affaire Cameron Todd Willingham, exécuté pour un incendie dont l’origine criminelle n’était pas démontrée
La dernière condamnation annulée
Une anomalie judiciaire subsiste cependant. Koli demeure condamné dans une treizième affaire, celle du meurtre de l’adolescente Rimpa Haldar. Cette condamnation, initialement assortie de la peine capitale, repose largement sur les mêmes éléments que ceux jugés insuffisants dans les autres procédures.
Le 11 novembre 2025, la Cour suprême accepte une requête exceptionnelle et annule cette dernière condamnation. Les magistrats estiment que deux décisions contradictoires ne peuvent subsister lorsque les preuves sur lesquelles elles reposent présentent les mêmes défaillances fondamentales.
L’acquittement met fin à l’ensemble des condamnations de Koli dans les affaires de Nithari. Mais il ne résout pas les meurtres. La justice ne désigne aucun autre auteur et les familles des victimes restent confrontées à l’absence de vérité judiciaire.
Des victimes sans réponse, un dossier sans certitude
L’affaire connaît un dernier développement tragique en septembre 2026, lorsque Surinder Koli est retrouvé mort à Haridwar, dans l’État d’Uttarakhand. Les premières informations policières évoquent un suicide. Sa mort intervient moins d’un an après l’annulation de sa dernière condamnation.
Au-delà de son parcours judiciaire, le dossier de Nithari révèle les conséquences durables d’investigations insuffisamment rigoureuses. Les disparitions n’avaient pas reçu toute l’attention nécessaire, puis les découvertes macabres avaient conduit à des accusations que les juridictions supérieures ont finalement jugées insuffisamment étayées.
Comment une enquête sur des crimes aussi graves a-t-elle pu aboutir à plusieurs condamnations à mort sans établir solidement la responsabilité de leurs auteurs ? L’énigme de Nithari demeure entière. Les acquittements ne font pas disparaître les victimes, mais rappellent qu’une justice rendue sans preuves fiables risque de laisser les familles sans réponse tout en condamnant des personnes dont la culpabilité n’a pas été démontrée.
La Rédaction
Sources et références
- Haute Cour d’Allahabad, arrêts du 16 octobre 2023 concernant les affaires de Nithari.
- Cour suprême de l’Inde, Surendra Koli v. State of Uttar Pradesh, arrêt du 11 novembre 2025, référence 2025 INSC 1308.
- Reuters, compte rendu des acquittements du 16 octobre 2023.
- The Indian Express, analyses des décisions judiciaires de juillet et novembre 2025.
- India Today, informations sur le décès de Surinder Koli, septembre 2026.

