La Corée du Sud est en proie à une crise préoccupante de crimes sexuels numériques. Des centaines de femmes et de jeunes filles sont victimes d’images truquées à caractère sexuel, diffusées en ligne sans leur consentement. L’un des réseaux partageant ces contenus illicites compterait environ 220 000 membres. Le nombre de signalements officiels à la police pour ce type de truquage est passé de 156 cas en 2021 à 297 en juillet 2024.
Bien que le président sud-coréen ait récemment abordé ce problème, les dirigeants du pays semblent, depuis des années, avoir du mal à saisir l’ampleur et la gravité de ces crimes, qui provoquent des dommages souvent irréparables.
En 2020, j’ai recueilli les témoignages de femmes en Corée du Sud qui ont survécu à ces crimes numériques, dont certaines ont été ciblées par des images truquées. J’ai également rencontré le père d’une femme qui s’est suicidée en 2019, après avoir été filmée à son insu par un collègue masculin dans le vestiaire de l’hôpital où elle travaillait.
Nous avons aussi échangé avec des manifestantes qui se sont mobilisées en 2018 après l’emprisonnement d’une femme pour avoir diffusé une photo d’un homme nu. Cette affaire a déclenché une série de six manifestations rassemblant des dizaines de milliers de femmes et de jeunes filles dans les rues de Séoul, scandant des slogans comme « Ma vie n’est pas ton porno » et « Ne sommes-nous pas humaines ? ». Dans des affaires similaires impliquant des hommes, les sanctions sont souvent bien plus clémentes.
Face à cette mobilisation, le gouvernement sud-coréen a adopté une loi élargissant la définition des crimes sexuels numériques et renforçant les peines. Un centre d’aide aux survivantes de ces crimes a également été mis en place.
Cependant, ces mesures, bien que positives, restent insuffisantes. La violence sexiste en ligne est un phénomène mondial en pleine expansion, mais elle est particulièrement virulente en Corée du Sud. Les juges, procureurs, policiers et législateurs, majoritairement des hommes, n’accordent pas l’attention nécessaire à ces crimes. Les femmes qui cherchent à obtenir de l’aide sont souvent ignorées, retraumatisées et même ridiculisées. Par ailleurs, l’éducation sexuelle dans les écoles sud-coréennes est quasi inexistante, privant les jeunes d’une compréhension adéquate des comportements répréhensibles en ligne. Cette situation se déroule dans un contexte d’inégalités de genre marquées, avec un écart salarial de 31 % entre hommes et femmes, et où seulement 13 % des membres des conseils d’administration sont des femmes.
Le gouvernement sud-coréen est conscient depuis longtemps de la prévalence et de la gravité des crimes sexuels en ligne. Il est grand temps qu’il prenne cette crise au sérieux. Des actions concrètes doivent être mises en œuvre pour responsabiliser les auteurs de ces crimes, offrir une éducation sexuelle complète, tant pour les jeunes que pour les adultes, et promouvoir de manière significative l’égalité des sexes dans la société sud-coréenne.
La Rédaction

