Le 13 août 2007, Chiara Poggi, 26 ans, est retrouvée morte dans la maison familiale de Garlasco, en Lombardie. Son petit ami Alberto Stasi, qui donne l’alerte, devient le principal suspect. Acquitté à deux reprises, il est finalement condamné définitivement en 2015 à seize ans de prison. L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais près de vingt ans après le meurtre, le parquet de Pavie développe une autre reconstruction et soupçonne désormais Andrea Sempio, un ami du frère de Chiara. Une situation judiciaire vertigineuse : un homme reste définitivement condamné tandis qu’une nouvelle enquête attribue le même meurtre à un autre.
Deux acquittements avant une condamnation
Alberto Stasi affirme avoir découvert le corps de sa petite amie et nie l’avoir tuée. L’enquête ne retrouve ni aveu ni arme du crime et plusieurs éléments scientifiques deviennent rapidement controversés. En 2009, Stasi est acquitté. En 2011, une cour d’appel confirme cet acquittement.
Mais la Cour de cassation annule la décision et ordonne un nouveau procès. En décembre 2014, la cour d’appel de Milan renverse les précédents verdicts : Stasi est reconnu coupable et condamné à seize ans de prison. La Cour de cassation rend cette condamnation définitive en décembre 2015. Après plusieurs décisions contradictoires, la justice italienne possède enfin sa vérité : Alberto Stasi est le meurtrier de Chiara Poggi.
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Un ancien suspect revient au centre du dossier
Pourtant, un autre nom n’a jamais complètement disparu : Andrea Sempio, ami de Marco Poggi, le frère de Chiara. Déjà examiné plusieurs années auparavant, il avait vu la procédure le concernant classée. Mais les investigations sont relancées et une nouvelle enquête le replace au cœur de l’affaire.
Les enquêteurs réexaminent alors plusieurs éléments anciens : des traces biologiques, des empreintes relevées dans la maison, la chronologie du meurtre et certaines données jusque-là considérées comme insuffisantes. Le dossier que la condamnation définitive de Stasi semblait avoir refermé recommence à produire une autre histoire.
L’ADN sous les ongles de Chiara
L’un des éléments les plus sensibles concerne du matériel génétique prélevé sur les ongles de Chiara. Lors du procès de Stasi, ces traces avaient été considérées comme trop faibles, dégradées et non reproductibles pour être exploitées de manière fiable.
De nouvelles analyses aboutissent cependant à un résultat troublant : un profil masculin apparaît compatible avec la lignée paternelle de la famille Sempio. Mais cette compatibilité ne constitue pas une preuve de culpabilité. L’expertise elle-même souligne les limites scientifiques du matériel et l’impossibilité d’établir avec certitude quand et comment l’ADN a été déposé.
Andrea Sempio nie toute implication dans le meurtre.
Le parquet construit une autre version du crime
Le 7 mai 2026, le parquet de Pavie clôt son enquête préliminaire contre Sempio. Sa reconstruction s’éloigne profondément de celle qui avait conduit à la condamnation de Stasi : les procureurs soutiennent désormais que Sempio aurait tué Chiara Poggi. Cette accusation reste à démontrer devant la justice et ne constitue pas une condamnation.
L’affaire continue néanmoins d’évoluer. Fin août 2026, le parquet ordonne encore des expertises complémentaires portant notamment sur l’ADN et sur la compatibilité entre le pied de Sempio et une empreinte de chaussure relevée dans la maison. Le délai des investigations est alors fixé au 28 septembre.
Dans le même temps, la défense d’Alberto Stasi prépare le terrain d’une révision de sa condamnation définitive, notamment à partir des nouveaux travaux génétiques et des éléments produits par l’enquête de Pavie.
Deux vérités judiciaires peuvent-elles coexister ?
C’est ici que l’affaire de Garlasco devient une véritable énigme judiciaire. Alberto Stasi n’est pas simplement un ancien suspect : il demeure définitivement condamné pour avoir tué Chiara Poggi. Andrea Sempio, de son côté, n’est pas un nouveau coupable : il reste présumé innocent. Pourtant, le parquet chargé de la nouvelle enquête développe aujourd’hui une reconstruction qui attribue le meurtre à ce dernier.
La contradiction est considérable. Si les nouvelles investigations échouent à produire des preuves suffisamment solides, la condamnation de Stasi restera la seule vérité judiciaire établie. Mais si elles conduisent à un procès et à une conclusion incompatible avec celle de 2015, la justice italienne devra affronter une question autrement plus difficile : a-t-elle condamné le mauvais homme ?
Dix-neuf ans après la mort de Chiara Poggi, l’affaire se retrouve ainsi dans une situation presque inverse de celle que l’on attend d’un dossier définitivement jugé. La condamnation existe toujours, mais l’enquête continue. Un homme reste coupable aux yeux de la justice, tandis qu’un autre est désormais soupçonné par le parquet du même crime.
À Garlasco, l’énigme n’est donc plus seulement de savoir qui a tué Chiara Poggi. Elle est aussi de déterminer laquelle des deux histoires judiciaires actuellement en présence résistera finalement à l’épreuve des preuves.
La Rédaction
Sources et références
- ANSA — nouvelle enquête du parquet de Pavie, expertises scientifiques et clôture des investigations contre Andrea Sempio.
- Reuters — réouverture du dossier, condamnation d’Alberto Stasi et nouveaux éléments médico-légaux.
- RaiNews — éléments retenus par les enquêteurs dans la nouvelle procédure.
- ANSA — expertises relatives à l’ADN retrouvé sur les ongles de Chiara Poggi et limites scientifiques de son interprétation.

