La Havane autorise des sociétés publiques-privées inédites pour stimuler l’économie et renforcer le rôle du secteur privé sous embargo.
Pression externe et défis économiques
Cuba se trouve confrontée à une situation inédite : l’embargo américain, combiné à la chute du tourisme et aux difficultés structurelles de ses entreprises d’État, pèse lourdement sur l’économie de l’île. Le gouvernement cherche des solutions innovantes pour préserver les devises et relancer l’activité, tout en maintenant un contrôle politique strict. Dans ce contexte, la création de sociétés mixtes, associant acteurs publics et privés, marque une évolution notable dans le modèle économique cubain.
Un cadre juridique inédit
Le décret-loi 114/2025, publié le 3 mars dans le Journal officiel, établit le cadre légal pour les entreprises mixtes État-privé, permettant à chacune des parties d’apporter capital ou biens. Ces entités bénéficient d’une autonomie entrepreneuriale, pouvant définir leurs effectifs, leurs salaires et ouvrir des points de vente à Cuba ou à l’étranger. Certaines activités stratégiques restent exclues : services de santé, éducation et secteurs liés aux forces armées. À la différence des entreprises d’État, elles ne sont pas soumises à la planification centralisée, offrant une marge de manœuvre inédite dans l’économie cubaine.
Poids croissant du secteur privé
Depuis la réautorisation des petites et moyennes entreprises privées en 2021, le secteur privé cubain s’est progressivement imposé comme un moteur de l’économie : en 2025, près de 10 000 entreprisesreprésentaient 15 % du PIB et employaient plus de 30 % de la population active. Les ventes au détail privées ont dépassé celles de l’État pour la première fois, atteignant 55 % du commerce total, illustrant le rôle croissant de l’initiative privée dans le tissu économique national.
Répercussions et enjeux stratégiques
L’ouverture aux entreprises mixtes vise à attirer des investissements et accroître la productivité tout en contournant certaines restrictions imposées par Washington. Les États-Unis ont autorisé la vente de carburant aux sociétés privées cubaines, à condition que les transactions ne profitent pas directement au gouvernement. Ces nouvelles structures pourraient modifier durablement la dynamique économique de l’île, tout en testant la capacité de La Havane à gérer une libéralisation ciblée dans un système encore fortement centralisé.
Perspectives régionales
Dans une région où plusieurs pays expérimentent des modèles hybrides entre État et privé, Cuba se distingue par une approche pragmatique : utiliser l’initiative privée pour renforcer la résilience économique face à la pression extérieure, tout en conservant un contrôle stratégique. Cette expérience pourrait servir de modèle pour d’autres économies confrontées à des sanctions et à des contraintes externes, illustrant comment un régime centralisé peut adapter sa politique économique sans renoncer à ses principes fondamentaux.
La Rédaction

