Le 19 mai 2000, Lena Sløgedal Paulsen, 10 ans, et Stine Sofie Sørstrønen, 8 ans, disparaissent après une baignade à Baneheia, un espace boisé de Kristiansand, dans le sud de la Norvège. Leurs corps sont découverts deux jours plus tard. Les deux enfants ont subi des violences sexuelles avant d’être tuées à l’arme blanche. Deux hommes sont condamnés. Plus de vingt ans après, l’un d’eux, Viggo Kristiansen, sera totalement acquitté. Plus extraordinaire encore, l’homme dont les déclarations avaient contribué à sa condamnation sera finalement reconnu coupable du meurtre pour lequel il avait lui-même été acquitté.
Deux hommes pour deux meurtres
Le 13 septembre 2000, la police arrête Jan Helge Andersen, 19 ans, et Viggo Kristiansen, 21 ans. Un élément joue un rôle déterminant : l’ADN d’Andersen a été retrouvé sur les lieux. Lors des premiers échanges avec la police, Andersen apprend que les enquêteurs le considèrent comme l’un des auteurs mais soupçonnent Kristiansen d’avoir joué le rôle principal. Il reconnaît sa propre participation et accuse son ami.
La justice retient finalement l’existence de deux agresseurs. Andersen est condamné pour le meurtre de Stine Sofie et sa participation aux violences sexuelles. Kristiansen est reconnu coupable des deux meurtres et des agressions sexuelles. Sa condamnation devient définitive en 2002 : 21 ans de détention préventive, la sanction la plus lourde alors disponible.
Une condamnation qui commence à se fissurer
Kristiansen ne cesse pourtant de proclamer son innocence. Deux éléments vont progressivement fragiliser le scénario retenu contre lui. D’abord, aucune trace ADN ne permet de le placer sur la scène du crime. Les analyses initialement interprétées comme compatibles avec la présence de deux hommes se révèlent beaucoup moins concluantes que ce que le procès avait laissé entendre.
Ensuite, les données de son téléphone portable posent problème. Plusieurs communications ont été enregistrées par une antenne dont la compatibilité avec une présence sur le lieu des crimes est contestée. Pris séparément, ces éléments ne suffisent pas nécessairement à innocenter Kristiansen. Ensemble, ils affaiblissent cependant le récit sur lequel sa condamnation avait largement été construite.
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Vingt et un ans avant l’acquittement
Après plusieurs demandes infructueuses, la commission norvégienne de révision accepte finalement en 2021 de rouvrir le dossier. Kristiansen, qui a passé près de vingt et un ans derrière les barreaux, est libéré.
Le réexamen produit un renversement spectaculaire. Le parquet conclut qu’il n’existe plus de fondement permettant de soutenir sa culpabilité. Le 15 décembre 2022, la cour d’appel de Borgarting l’acquitte de l’ensemble des faits de Baneheia. L’État norvégien reconnaît ainsi officiellement qu’un homme a été condamné à la peine maximale pour des crimes qu’il n’avait pas commis. L’enquête indépendante publiée en février 2026 qualifiera explicitement sa condamnation d’erronée et cherchera à comprendre comment elle a pu se produire puis résister aussi longtemps aux demandes de révision.
Mais l’innocence de Kristiansen fait immédiatement apparaître une autre question : si Andersen n’avait pas dit la vérité sur le rôle de son ami, avait-il également menti sur celui qu’il avait lui-même joué ?
L’acquitté de 2001 retourne devant la justice
Lors du premier procès, Jan Helge Andersen avait été acquitté du meurtre de Lena, la fillette de 10 ans. La justice avait accepté la version selon laquelle Kristiansen en était responsable. Une fois celui-ci innocenté, cet acquittement devient l’un des points centraux du nouveau dossier.
Le 15 juin 2023, la commission de révision accepte exceptionnellement de rouvrir cette partie du jugement au détriment d’Andersen. En janvier 2024, le procureur général décide de le poursuivre pour le meurtre de Lena. Il précise également qu’Andersen ne sera pas poursuivi pour certaines accusations mensongères visant Kristiansen, notamment en raison de la prescription et de difficultés à établir l’intention pénale requise.
L’accusateur devient le seul auteur retenu
Le nouveau procès inverse alors la construction judiciaire vieille de plus de vingt ans. En juillet 2024, Jan Helge Andersen est reconnu coupable du meurtre de Lena. La condamnation est ensuite maintenue en appel en juin 2025. La justice retient désormais qu’il a tué les deux fillettes et que Viggo Kristiansen n’a pas participé aux crimes.
Le 22 janvier 2026, la Cour suprême intervient sur la peine. Andersen ayant déjà purgé 19 années pour les faits jugés au début des années 2000, une nouvelle peine d’emprisonnement déterminée ne pouvait excéder deux années. La haute juridiction prononce finalement une mesure de détention préventive avec un cadre de deux ans, estimant qu’un risque réel de récidive sexuelle grave subsiste.
Quand la justice doit démonter sa propre vérité
L’affaire Baneheia est devenue bien davantage qu’une erreur judiciaire. Pendant deux décennies, une construction cohérente semblait expliquer le double meurtre : deux auteurs, l’un ayant reconnu une partie des faits et accusé l’autre d’être le principal responsable. Lorsque cette seconde culpabilité s’est effondrée, toute l’architecture du dossier a dû être reconstruite.
L’enquête officielle remise au gouvernement norvégien le 13 février 2026 s’est précisément penchée sur les raisons pour lesquelles Viggo Kristiansen avait été condamné à tort et sur celles qui avaient retardé pendant tant d’années la réouverture de son dossier. Elle examine notamment l’évaluation des preuves, l’ADN, le respect de l’exigence d’objectivité et les mécanismes susceptibles d’enfermer une enquête dans une hypothèse initiale.
Baneheia présente ainsi un renversement judiciaire presque complet. L’homme présenté pendant vingt ans comme le principal meurtrier a été innocenté. Celui qui l’avait accusé et avait été acquitté de l’un des deux meurtres a finalement été condamné pour celui-ci. En 2026, la justice norvégienne ne cherche donc plus qui a tué Lena et Stine Sofie. Elle cherche désormais à comprendre comment elle a pu se tromper aussi profondément, et pendant aussi longtemps.
La Rédaction
Sources et références
- Cour suprême de Norvège — arrêt du 22 janvier 2026 relatif à Jan Helge Andersen.
- Gouvernement norvégien — NOU 2026:3, Straffeforfølgelsen av Viggo Kristiansen, enquête officielle sur l’erreur judiciaire.
- Riksadvokaten — décision de poursuivre Jan Helge Andersen pour le meurtre de Lena Sløgedal Paulsen.

