À quelques kilomètres de Ramallah, un village palestinien tente de préserver une présence chrétienne vieille de plusieurs siècles. À Taybeh, les attaques de colons israéliens et les difficultés d’accès aux terres agricoles fragilisent désormais bien davantage que les récoltes : elles menacent les conditions mêmes de la vie quotidienne et la transmission d’un héritage historique.
Le 17 octobre 2026, des familles palestiniennes récoltent leurs olives près de Taybeh, accompagnées de diplomates européens et de visiteurs étrangers venus leur témoigner leur solidarité. La journée tourne à l’affrontement lorsque des colons israéliens masqués prennent à partie les participants. Un Palestinien est blessé, du matériel agricole est dérobé et un véhicule consulaire est endommagé.
L’incident illustre une réalité devenue récurrente dans cette partie de la Cisjordanie occupée : accéder à ses propres terres peut désormais exposer les agriculteurs à des violences.
Un village singulier dans l’histoire palestinienne
Taybeh occupe une place particulière dans le paysage religieux du Proche-Orient. Considéré comme le dernier village de Cisjordanie dont la population est entièrement chrétienne, il abrite plusieurs communautés ecclésiales et un patrimoine remontant aux premiers siècles du christianisme.
Les vestiges de l’église Saint-Georges, datant du Ve siècle, témoignent de cette continuité historique.
Mais cette identité ne constitue pas une protection contre les tensions territoriales. En juillet 2025, des incendies provoqués à proximité du cimetière et de l’église Saint-Georges avaient déjà suscité une mobilisation exceptionnelle des responsables chrétiens de Jérusalem.
Depuis, les alertes se multiplient. Intrusions dans les propriétés agricoles, dégradations et intimidations alimentent un sentiment d’insécurité durable.
Quand perdre une récolte menace tout un équilibre
Les oliviers ne représentent pas uniquement une activité économique. Dans les villages palestiniens, ils participent à l’organisation familiale, à la transmission des terres et à une relation au territoire entretenue sur plusieurs générations.
Début octobre 2026, des habitants de Taybeh ont signalé de nouvelles incursions dans leurs plantations. Selon le père Bashar Fawadleh, curé de la paroisse latine, des colons ont récolté des olives appartenant aux familles palestiniennes et endommagé plusieurs arbres.
Ces incidents s’inscrivent dans une dégradation plus générale. D’après les Nations unies, 272 attaques de colons liées à la récolte des olives ont été documentées en Cisjordanie entre le 1er septembre et le 19 octobre 2026, causant des blessures et des dommages à des milliers d’arbres.
La perte d’accès aux oliveraies signifie donc bien plus qu’une diminution de revenus. Elle fragilise l’ancrage économique des familles et peut accentuer les pressions au départ.
Une protection encore insuffisante
Face aux violences du 17 octobre, les responsables des Églises de Jérusalem ont réclamé des poursuites judiciaires et une protection effective des habitants.
Les autorités israéliennes ont condamné certaines agressions. La police a procédé à des arrestations après les événements d’octobre, mais les responsables religieux dénoncent la persistance des violences et le manque de sanctions durables.
En août, l’armée israélienne avait déjà annoncé des restrictions d’accès au village visant les Israéliens, officiellement pour prévenir les attaques de colons. Les incidents ultérieurs ont montré les limites de cette réponse sécuritaire.
Préserver une communauté, pas seulement ses monuments
L’avenir de Taybeh soulève ainsi une question plus profonde que celle de la sauvegarde de son patrimoine religieux. Une église peut être restaurée, un monument protégé, mais une communauté historique ne survit pas uniquement grâce à ses bâtiments.
Elle a besoin de terres accessibles, d’activités économiques, de sécurité et de perspectives pour les générations futures.
Dans ce village palestinien, la défense des oliveraies est devenue indissociable d’un enjeu essentiel : pouvoir continuer à vivre là où se transmettent, depuis des siècles, les histoires familiales et les traditions.
La Rédaction
Sources et références :
- OCHA – Nations unies, rapport humanitaire du 22 octobre 2026, publié le 26 octobre
- Patriarcat latin de Jérusalem – Déclaration des responsables des Églises sur l’attaque de Taybeh, 19 octobre 2026
- Reuters – Attaques contre des Palestiniens et des diplomates européens, 17 octobre 2026
- Vatican News – Les incursions dans les oliveraies de Taybeh, octobre 2026
- La Vie – Reportage de Pierre Jova à Taybeh, 21 octobre 2026

