Progrès notables, mais inégalités persistantes
Le monde a connu des avancées spectaculaires dans l’éducation. Selon le rapport « Droit à l’éducation : passé, présent et avenir », 82 % des pays offrent désormais une éducation primaire gratuite, contre 56 % en 2000. Le taux d’achèvement du primaire a atteint 88 %, et la parité filles-garçons se rapproche de l’équilibre dans la plupart des régions. L’enseignement supérieur a également explosé, passant de 100 à 264 millions d’étudiants depuis 2000, touchant désormais même les pays les moins avancés.
Pour autant, ces progrès masquent des fractures inquiétantes. 272 millions d’enfants quittent l’école prématurément et 762 millions d’adultes restent analphabètes, dont les deux tiers sont des femmes. Dans certains pays à faible revenu, 70 % des enfants de dix ans ne savent pas lire une phrase simple, révélant une crise persistante de la qualité de l’apprentissage. Les causes sont multiples : pauvreté, manque d’enseignants qualifiés, infrastructures insuffisantes et crises politiques, aggravées par le dérèglement climatique.

Climat, conflits et intelligence artificielle : des défis sans précédent
Les évolutions mondiales exercent une pression croissante sur le droit à l’éducation. En 2024, plus de 240 millions d’élèves ont vu leur scolarité interrompue par des phénomènes climatiques extrêmes. Les conflits continuent de priver des millions d’enfants d’un apprentissage équitable, et la révolution de l’intelligence artificielle soulève de nouveaux défis.
Borhene Chakroun, directeur de l’apprentissage tout au long de la vie à l’UNESCO, prévient : « Notre approche de l’IA doit rester centrée sur l’humain. Il est indispensable de créer un cadre réglementaire solide, des politiques de formation adaptées et des outils numériques pensés pour l’apprentissage. »
L’apprentissage tout au long de la vie : un impératif mondial
Dans un monde où le marché du travail évolue rapidement, l’éducation ne peut plus se limiter à l’enfance. Investir dans l’apprentissage des adultes et des travailleurs est devenu vital pour maintenir l’employabilité et l’inclusion sociale. Des dispositifs comme le Compte Formation en France, SkillsFuture à Singapour, ou l’inscription du droit à la formation professionnelle dans la Constitution marocaine montrent la voie.
« Développer les compétences doit devenir un effort continu », rappelle Chakroun. Les personnes âgées et les travailleurs doivent pouvoir accéder à la formation tout au long de leur vie pour rester connectés à la société et conserver leur place dans le monde professionnel.

Un cadre juridique du XXIᵉ siècle
Pour l’UNESCO, le droit à l’éducation doit être repensé afin d’intégrer les mutations démographiques, sociales, économiques, climatiques et technologiques. À l’occasion du 65ᵉ anniversaire de la Convention de 1960 contre la discrimination dans l’enseignement, un symposium mondial a dressé le bilan, identifié les lacunes et esquissé les orientations futures.
L’objectif est de créer un cadre juridique modernisé du droit à l’éducation tout au long de la vie, couvrant la petite enfance, l’éducation des adultes, l’impact des technologies, le changement climatique et tous les types d’apprentissage — formel, non formel et informel. Chakroun conclut : « Si nous ne modernisons pas ce cadre, nous risquons de laisser pour compte des millions de personnes. »
La Rédaction

