Une offensive transnationale sous couvert de “famille”
Depuis quelques années, l’Afrique est devenue un terrain privilégié pour des organisations religieuses conservatrices basées aux États-Unis, qui cherchent à promouvoir une vision très traditionnelle de la famille. Parmi ces groupes, Family Watch International (FWI) occupe une place centrale. L’organisation s’oppose à l’avortement légal, à la contraception, à l’éducation sexuelle complète et aux droits des personnes LGBTQ+, qu’elle considère comme une menace pour la “famille naturelle”.
Organisées dans plusieurs pays africains — Kenya, Ouganda, Sierra Leone entre autres — les conférences promues par FWI et ses alliés se présentent comme des “conférences sur les valeurs familiales”. Le but affiché : défendre l’institution de la famille, soutenir les droits parentaux, préserver ce qu’ils décrivent comme l’identité morale et culturelle africaine.
Nairobi : un exemple révélateur
En mai 2025, Nairobi a accueilli la Pan-African Conference on Family Values, un rassemblement réunissant responsables politiques, religieux et associatifs venus de plusieurs pays africains. La conférence a mis en avant une vision de la famille fondée sur des préceptes religieux, assimilant l’avortement, la contraception et les droits LGBTQ+ à des “menaces extérieures” susceptibles de déstabiliser la société africaine.
Les participants ont également été formés à l’influence politique et diplomatique, dans le but de défendre ces valeurs sur le plan législatif et international. La rhétorique déployée ne se limite pas à la morale : elle s’accompagne d’objectifs concrets, visant à inscrire ces principes dans les lois et à orienter les débats publics sur le continent.
Un impact qui dépasse les frontières
L’action de ces réseaux ne se limite pas au Kenya. En Ouganda, au Ghana ou en Sierra Leone, des initiatives similaires apparaissent, restreignant l’accès à l’avortement, limitant l’éducation sexuelle et criminalisant certaines pratiques ou identités jugées contraires à la “famille naturelle”.
Ce phénomène illustre une forme de néo-colonialisme moral : des normes importées, financées depuis l’étranger et présentées comme authentiquement africaines, viennent influencer des sociétés aux contextes culturels et politiques variés.
Les réactions africaines
La société civile et les défenseurs des droits humains s’élèvent contre cette offensive. Ils dénoncent le recul des droits acquis, la marginalisation des populations vulnérables et la stigmatisation accrue des femmes et des personnes LGBTQ+. Pour ces acteurs, il s’agit d’une instrumentalisation de la religion à des fins idéologiques et législatives, souvent étrangères aux réalités locales.
La propagation des valeurs familiales conservatrices importées par des réseaux américains représente aujourd’hui un tournant inquiétant pour les sociétés africaines. Ce phénomène dépasse la simple prédication religieuse et influence concrètement les législations et les droits fondamentaux. Dans ce contexte, la vigilance des populations, des défenseurs des droits humains et des acteurs politiques est essentielle pour préserver la diversité des familles et les libertés individuelles sur le continent.
La Rédaction

