À Morón, dans le centre de l’île, des protestataires excédés par les pénuries et les blackouts ont envahi un bâtiment symbolique du pouvoir, illustrant une frustration sociale croissante.
Une scène inhabituelle s’est produite dans la nuit du 13 au 14 mars 2026 à Morón, une ville de la province de Ciego de Ávila, dans le centre de Cuba : des manifestants en colère ont attaqué le siège local du Parti communiste de Cuba, brisant des fenêtres, retirant du matériel et incendiant du mobilier devant le bâtiment. Cet acte de défiance intervient au cœur d’une crise économique et énergétique qui affecte de plus en plus la vie quotidienne des habitants.
Une mobilisation née de la colère
Alors que des coupures d’électricité prolongées et des pénuries de produits de base se multiplient sur l’île, la population manifeste son mécontentement de façon répétée. Les rassemblements publics se font parfois nocturnes, accompagnés de tambours et de protestations sonores, mais ils ont rarement dégénéré en affrontements directs avec des symboles du pouvoir. L’assaut de ce local communiste représente ainsi l’une des manifestations les plus visibles de mécontentement populaire depuis plusieurs années.
Selon les médias locaux, cinq personnes ont été arrêtées après les dégradations, qualifiées de « faits de vandalisme » par les autorités. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent du mobilier et des ordinateurs extraits du bâtiment et incendiés dans la rue, tandis que des groupes de manifestants scandent des slogans parfois hostiles au régime en place.
Une crise énergétique qui s’éternise
Les protestations s’inscrivent dans un contexte de tensions prolongées liées à l’approvisionnement en énergie. Cuba connaît une série de coupures de courant persistantes, qui ont duré plusieurs mois en grande partie à cause de la rareté de carburant et de dysfonctionnements de ses centrales électriques, selon des sources historiques sur les blackouts en cours depuis 2024.
Les habitants rapportent parfois ne disposer que de quelques heures d’électricité par jour, ce qui perturbe non seulement la vie domestique mais aussi les services essentiels comme l’éducation, les soins de santé et les transports. Cette situation accrue de stress et d’incertitude alimente une colère sociale qui dépasse le simple mécontentement pour devenir un mouvement de protestation plus marqué.
Ampleur sociale et économiques des protestations
Bien que l’attaque ait visé un symbole politique fort, les manifestations qui l’entourent sont avant tout l’expression de déceptions liées à la vie quotidienne : pénuries alimentaires, manque de carburant et restrictions énergétiques. Dans les centres urbains, des rassemblements similaires — souvent pacifiques — ont continué ces dernières semaines, parfois avec des appels à des réformes ou à une amélioration des conditions de vie.
Si l’attaque du bâtiment du Parti communiste à Morón reste un événement isolé géographiquement, elle illustre l’ampleur de la frustration qui gagne des segments de la population. Cela survient dans un climat où les autorités surveillent étroitement toute contestation publique, tandis que des figures de l’opposition demandent un soutien plus large aux protestataires à l’intérieur du pays.
Un contexte géopolitique plus large
Cette vague de mécontentement s’inscrit également dans une période de tensions diplomatiques accrues. L’économie cubaine est sous pression en partie en raison de mesures externes, y compris ce que le gouvernement qualifie de blocus énergétique imposé par les États‑Unis, qui empêche certains achats de pétrole et accroît les difficultés d’approvisionnement. Cette crise de l’énergie est fréquemment citée comme facteur aggravant des coupures et des pénuries qui affectent les Cubains.
Le président cubain Miguel Díaz‑Canel a reconnu publiquement l’intensification de ces difficultés tout en engageant des pourparlers avec Washington, cherchant à atténuer la pression sur l’île. Les conditions économiques et sociales restent toutefois très fragiles, et la réaction populaire dans des villes comme Morón montre à quel point les frustrations peuvent se traduire par des actes spectaculaires de révolte.
La Rédaction

