Le suspense n’en était plus vraiment un. Tidjane Thiam, ancien patron du Crédit Suisse, a été réélu mercredi 14 mai 2025 à la présidence du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), principale force d’opposition du pays. Seul candidat en lice après le rejet d’une candidature jugée non conforme, Thiam retrouve officiellement la tête du parti qu’il avait dû quitter, provisoirement, trois jours plus tôt. Une manœuvre destinée à contourner une décision judiciaire qui menaçait d’annuler son élection de décembre 2023. Mais cette victoire politique ne lève en rien l’hypothèque judiciaire qui pèse sur son avenir présidentiel.
Une réélection stratégique
La démission surprise de Tidjane Thiam le 11 mai avait fait grand bruit. Officiellement, il s’agissait d’un geste de responsabilité face au risque de mise sous tutelle administrative du parti. Officieusement, c’était surtout une tentative d’éviter qu’une décision du tribunal, attendue le 15 mai, ne vienne invalider son élection à la tête du PDCI, sur fond de contentieux lié à sa nationalité. Cette tactique aura permis à Thiam de repartir sur une base légale plus solide en se représentant comme « 100 % ivoirien », après avoir officiellement renoncé à sa nationalité française en mars 2025.
Son unique adversaire potentiel, Diakité Bouakary Sidiki, a vu sa candidature écartée pour non-respect des statuts du parti : il n’était pas membre du Bureau politique et n’avait pas acquitté les 30 millions FCFA requis pour la tenue du congrès extraordinaire.
Une victoire qui ne change rien au fond
Pour autant, cette réélection n’a aucun effet sur la radiation de Tidjane Thiam des listes électorales. Le 22 avril dernier, la justice ivoirienne a considéré qu’il n’était pas de nationalité ivoirienne au moment de son inscription sur les listes en 2022, du fait de son acquisition volontaire de la nationalité française en 1987. Selon l’article 48 du code de la nationalité, toujours en vigueur depuis les années 1960, cette naturalisation étrangère entraînait automatiquement la perte de la nationalité ivoirienne. Thiam, bien qu’ayant renoncé à la nationalité française cette année, reste inéligible à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Et aucune révision des listes électorales n’est envisagée d’ici là.
Une opposition privée de ses figures de proue
Tidjane Thiam n’est pas seul à être exclu de la course. Trois autres figures majeures de l’opposition ivoirienne sont également absentes des listes électorales : l’ancien président Laurent Gbagbo, son ancien ministre Charles Blé Goudé et l’ex-chef rebelle Guillaume Soro. Tous ont été condamnés par la justice ivoirienne, ce qui les rend inéligibles selon les textes en vigueur. Une situation qui affaiblit considérablement les chances d’alternance démocratique en 2025, et nourrit les accusations de verrouillage politique.
Le rêve ivoirien de Thiam
Malgré ces obstacles, Tidjane Thiam et ses partisans continuent de croire à un retournement. Akossi Bendjo, vice-président du parti, a réaffirmé l’ambition de faire de Thiam un candidat pour 2025. Le rêve porté par l’ex-banquier reste intact : celui d’une Côte d’Ivoire réconciliée, souveraine et tournée vers le progrès. Mais pour que ce rêve devienne réalité, encore faudrait-il qu’il puisse se présenter.
La Rédaction

