Le projet de réforme constitutionnelle présenté au Parlement relance les spéculations sur l’organisation de l’après-Biya et la stabilité du pouvoir.
Une réforme institutionnelle hautement stratégique
Le président camerounais Paul Biya a soumis au Parlement un projet de révision constitutionnelle introduisant la création d’un poste de vice-président. Le texte, examiné par l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en congrès à Yaoundé, marque une évolution majeure dans l’architecture institutionnelle du pays.
Officiellement, cette réforme vise à renforcer la continuité de l’État. Mais dans un contexte politique particulier, elle suscite de nombreuses interrogations sur ses véritables objectifs.
La question centrale de la succession
À plus de quatre décennies au pouvoir, Paul Biya reste l’un des dirigeants les plus anciens du continent. L’introduction d’une vice-présidence est largement perçue comme un mécanisme destiné à encadrer la transition en cas de vacance du pouvoir.
Jusqu’ici, la Constitution camerounaise prévoit que le président du Sénat assure l’intérim. Avec cette réforme, un vice-président pourrait désormais incarner une continuité plus directe au sommet de l’exécutif.
Ce changement redéfinit en profondeur les équilibres du pouvoir.
Un outil de stabilisation… ou de contrôle politique ?
Au-delà de la succession, la création de ce poste pourrait répondre à une logique de stabilisation du régime. Dans un système marqué par une forte centralisation du pouvoir, l’instauration d’un vice-président permettrait de réduire les incertitudes en cas de crise politique.
Mais cette évolution soulève aussi des interrogations sur la concentration du pouvoir exécutif et sur les modalités de désignation du futur titulaire du poste, qui pourrait devenir une figure clé du paysage politique camerounais.
Un signal envoyé aux élites et à la scène internationale
Cette initiative intervient dans un contexte où la question de l’après-Biya est régulièrement évoquée, tant au sein des élites nationales que par les partenaires internationaux du Cameroun.
En introduisant une vice-présidence, le pouvoir semble chercher à structurer une transition maîtrisée, tout en évitant les rivalités internes susceptibles de fragiliser le système.
Une réforme aux implications durables
Si elle est adoptée, cette modification constitutionnelle pourrait durablement transformer le fonctionnement des institutions camerounaises. Elle ouvrirait la voie à une nouvelle configuration du pouvoir exécutif, où le vice-président jouerait un rôle central dans les équilibres politiques à venir.
Plus qu’un simple ajustement institutionnel, cette réforme apparaît ainsi comme un jalon potentiel dans la préparation de l’après-Biya, dans un pays où la stabilité politique reste un enjeu majeur.
La Rédaction

