Abidjan – À quelques mois de l’élection présidentielle de 2025, le temps du bilan s’impose pour Alassane Ouattara. Après quinze années passées à la tête de l’État, le “bâtisseur” ivoirien voit son héritage salué autant que contesté. Alors qu’il entretient le flou sur une éventuelle nouvelle candidature, la Côte d’Ivoire s’interroge : Ouattara partira-t-il en consolidateur, ou cédera-t-il une fois encore à la tentation du pouvoir ?
Une décennie de croissance, mais pour qui ?
Dès son accession au pouvoir en 2011, Alassane Ouattara a misé sur la reconstruction économique pour tourner la page de la crise post-électorale. Routes, ponts, barrages : le paysage urbain d’Abidjan et des grandes villes s’est profondément transformé.
Avec une croissance de près de 7 % par an, la Côte d’Ivoire est devenue un moteur économique régional.
Pourtant, cet essor s’est accompagné d’inégalités grandissantes. Si les centres urbains ont bénéficié des retombées, de vastes zones rurales demeurent à l’écart du “miracle ivoirien”. Le développement, salué par les institutions financières internationales, n’a pas toujours rimé avec inclusion sociale.
La stabilité au prix du contrôle
Sur le plan sécuritaire, Ouattara a restauré l’autorité de l’État, mettant fin aux années de violences endémiques.
Cependant, cette stabilité a souvent reposé sur une gestion musclée du pouvoir : réformes de l’armée, neutralisation des ex-rebelles, et contrôle étroit des oppositions.
Depuis 2020, la montée du terrorisme dans le nord du pays expose aussi les limites de cette stabilité, même si le territoire reste globalement épargné par rapport aux voisins sahéliens.
Un tournant démocratique manqué ?
La décision de se présenter pour un troisième mandat en 2020, malgré les engagements initiaux à ne pas briguer un nouveau mandat, a marqué une cassure profonde.
Soutenue par ses partisans comme un “nécessaire sursaut”, cette candidature a été perçue par beaucoup comme un recul démocratique.
À l’approche du scrutin de 2025, l’incertitude plane : partira-t-il sur un dernier succès ou tentera-t-il, une fois encore, de prolonger son pouvoir, au risque de raviver les tensions ?
Un poids diplomatique affirmé
Sur la scène régionale, Alassane Ouattara a consolidé la place d’Abidjan.
Président de la CEDEAO à plusieurs reprises, médiateur dans les crises malienne et guinéenne, il a su asseoir l’influence ivoirienne.
Le retrait progressif des forces françaises annoncé en 2024 souligne aussi la volonté de renforcer l’autonomie stratégique du pays.
Dernier acte ?
La Côte d’Ivoire de 2025 n’est plus celle de 2011.
Plus riche, plus forte, mais aussi plus divisée, elle attend de savoir si son président sortant choisira de clore son parcours sur une note de réconciliation… ou s’il tentera encore une fois de défier le cours de l’histoire.
La Rédaction

