Alors que la Côte d’Ivoire s’achemine vers une nouvelle élection présidentielle, le climat politique semble figé dans un mutisme pesant entre le parti au pouvoir et l’opposition. Chacun affiche une volonté de paix et de transparence, mais les gestes et discours trahissent un blocage profond. À mesure que l’échéance électorale approche, l’écart entre promesses publiques et réalités politiques se creuse, renforçant les inquiétudes d’un retour aux tensions passées.
Le monologue des camps rivaux
« Il faut arrêter de parler chacun dans son coin et se retrouver autour d’une table », appelait récemment Charles Blé Goudé. Un appel resté lettre morte. D’un côté, l’opposition plaide pour des réformes électorales, l’audit du fichier électoral et la réintégration de figures emblématiques comme Laurent Gbagbo ou Guillaume Soro. De l’autre, le RHDP, parti au pouvoir, estime que le temps du dialogue est révolu et que les institutions doivent désormais être seules garantes du processus électoral.
Cette position a été réaffirmée par Amadou Coulibaly, porte-parole du gouvernement, qui s’appuie sur la 5e phase du dialogue politique achevée en 2022. Selon lui, il n’y a plus lieu de relancer des discussions politiques. Le pouvoir considère que les demandes de l’opposition relèvent désormais de la compétence des structures administratives, notamment la CEI.
Une CEI contestée, un fichier électoral figé
C’est précisément cette Commission électorale indépendante qui cristallise les critiques. Accusée par l’opposition d’être inféodée au pouvoir, la CEI a rejeté toute idée d’audit du fichier électoral, alors même qu’elle aurait bénéficié de fonds publics pour cette tâche. La crédibilité du scrutin est donc déjà entachée avant même son lancement.
Par ailleurs, la radiation d’anciens leaders politiques – Gbagbo, Blé Goudé, Guillaume Soro, Tidjane Thiam – sans voie de recours effective, alimente le ressentiment et la défiance. L’absence de traitement politique à ces cas symboliques alimente l’idée d’un verrouillage du jeu électoral.
Un consensus de façade, un climat d’incertitude
En apparence, tous les acteurs jurent vouloir éviter la tragédie postélectorale de 2010-2011. Mais les gestes concrets manquent. Le pouvoir avance, sourd aux appels au dialogue ; l’opposition s’indigne, mais reste sans levier. Ce silence croisé ressemble moins à une trêve qu’à une impasse politique dangereuse.
Tant que le dialogue ne redeviendra pas une réalité, la Côte d’Ivoire continuera de danser au bord du précipice électoral. Les apparences de paix ne sauraient masquer l’absence de consensus réel ni l’érosion progressive de la confiance citoyenne envers le système.
La Rédaction

