“On dit que…” Mais qui le prouve ? Depuis quelque temps, une rumeur aussi tenace que dangereuse circule au Togo : le formole, solution toxique utilisée pour conserver les cadavres, serait utilisé comme substitut du sucre dans certains produits alimentaires artisanaux. Rien ne le prouve, mais l’inquiétude, elle, est bien réelle.
Dans les marchés, les taxis et même sur les réseaux sociaux, le bruit revient : du formole serait mélangé à certaines boissons ou sucreries, notamment dans les quartiers populaires. L’origine de cette rumeur reste floue, mais le terme de “sucre liquide” revient souvent pour désigner un liquide transparent, censé adoucir et conserver.
Sauf que le formole n’est pas du sucre, ni un ingrédient alimentaire, ni même un produit manipulable sans précaution.
Qu’est-ce que le formole ?
Le formole est une solution aqueuse de formaldéhyde, un composé chimique utilisé pour la conservation des tissus biologiques. Il est couramment employé dans les laboratoires médicaux, pour embaumer les corps ou désinfecter du matériel. À aucun moment, il n’a une fonction alimentaire.
Classé cancérogène par l’OMS, il est toxique même à faibles doses et provoque, s’il est ingéré :
• des brûlures digestives,
• des troubles du foie et des reins,
• des effets neurologiques,
• et à forte dose, la mort.
Une rumeur sans preuve, mais persistante
Aucune autorité togolaise n’a, à ce jour, confirmé l’utilisation de formole dans des produits alimentaires vendus sur le marché local. Le ministère de la Santé, en collaboration avec les services d’hygiène, mène régulièrement des campagnes de contrôle dans les zones de production artisanale. Mais les rumeurs persistent.
Elles prospèrent sur un fond de défiance vis-à-vis de certains producteurs informels, parfois dans un contexte économique où la recherche de profits pousse à des pratiques douteuses, comme l’ajout de conservateurs illégaux.
Pourquoi cette confusion ?
Dans d’autres pays africains, comme le Nigeria ou le Cameroun, des cas documentés ont montré que certains vendeurs utilisaient du formaldéhyde pour conserver du poisson ou de la viande. Cela a contribué à créer un imaginaire collectif où le formole devient le symbole d’une fraude alimentaire extrême. Ce n’est pas du sucre, mais sa forme liquide entretient la confusion.
Informer pour prévenir
Même si l’usage alimentaire du formole n’est pas prouvé au Togo, la simple circulation de cette rumeur est en soi un signal d’alerte sanitaire et social. Elle montre la nécessité :
• d’une vigilance accrue des services de contrôle alimentaire,
• d’un meilleur encadrement des producteurs artisanaux,
• et surtout, d’une éducation populaire renforcée sur les dangers chimiques.
Le formole n’est ni sucré, ni comestible. Et s’il venait un jour à se retrouver dans des produits alimentaires, ce ne serait pas une erreur, mais un crime. Le plus dangereux n’est pas toujours ce que l’on voit, mais ce que l’on croit sans vérifier. Il est temps de faire taire les rumeurs… et de faire parler la science.
La Rédaction

