La compétitivité africaine ne se jouera pas seulement dans les volumes produits ou les droits de douane supprimés. Elle dépendra aussi de la capacité des entreprises à prouver l’origine, la conformité et la qualité de leurs marchandises. Le Forum africain de l’industrie, organisé le 30 juillet 2026 à Abidjan, placera cet enjeu au centre des débats, avec en ligne de mire la création d’un label « Made in Côte d’Ivoire ».
Produire localement ne suffit plus
La Zone de libre-échange continentale africaine ouvre progressivement un marché de plus d’un milliard de consommateurs. Mais la baisse des barrières commerciales ne garantit pas, à elle seule, que les produits fabriqués sur le continent pourront circuler, s’imposer face aux importations ou gagner la confiance des acheteurs.
Pour franchir cette étape, les industriels doivent répondre à des normes de plus en plus exigeantes. La certification des procédés, la traçabilité des matières premières, la régularité de la production et la conformité sanitaire ou technique deviennent autant de conditions d’accès aux marchés.
C’est autour de cette équation que le Forum africain de l’industrie réunira, à Abidjan, entreprises, institutions publiques, organismes de normalisation, investisseurs et professionnels de la qualité. Le thème retenu associe directement le développement du « Made in Africa » à la réussite de la ZLECAf par la certification et la labellisation. L’événement est annoncé au Radisson Blu Hotel d’Abidjan.
Vers un label « Made in Côte d’Ivoire »
L’une des principales ambitions affichées est de faire progresser le projet d’un label national consacré aux produits ivoiriens. Une telle reconnaissance ne se limiterait pas à apposer un signe distinctif sur un emballage. Elle devrait reposer sur un cahier des charges, des contrôles et des critères suffisamment robustes pour garantir l’origine et la qualité du produit.
Pour les entreprises, notamment les petites et moyennes industries, un label crédible pourrait devenir un instrument commercial. Il permettrait de différencier les fabrications locales, de rassurer les consommateurs et de faciliter l’accès aux marchés régionaux.
Le dispositif devra toutefois éviter de devenir une simple opération de communication. Sa valeur dépendra de l’indépendance des procédures de certification, de la transparence des contrôles et de la capacité des producteurs à supporter les coûts liés à la mise aux normes.
La ZLECAf face au défi des normes
La montée en puissance du commerce intra-africain suppose une meilleure harmonisation des standards. Un produit reconnu dans un pays doit pouvoir être accepté dans un autre sans subir une succession de certifications coûteuses et parfois contradictoires.
La labellisation nationale peut donc constituer une première étape, mais elle devra s’articuler à des mécanismes continentaux de reconnaissance mutuelle. Sans cette coordination, le marché commun africain risquerait de remplacer les anciennes barrières douanières par une mosaïque d’obstacles techniques.
Le Forum entend précisément favoriser le dialogue entre industriels, banques, fonds d’investissement, administrations, chambres consulaires et acteurs de secteurs aussi divers que l’agroalimentaire, le textile, la pharmacie, l’énergie, les mines ou la logistique. Les organisateurs annoncent également des rencontres d’affaires, une présentation des possibilités de financement et des échanges consacrés à la modernisation du tissu industriel.
Transformer davantage, vendre mieux
La réflexion engagée à Abidjan dépasse la seule promotion de l’origine ivoirienne. Elle renvoie à une faiblesse structurelle de nombreuses économies africaines : l’exportation de matières premières insuffisamment transformées et la difficulté des produits locaux à monter en gamme.
L’objectif annoncé du Forum est notamment d’encourager la transformation locale, la modernisation technologique et le développement des chaînes de valeur industrielles. Les organisateurs prévoient la participation de 400 congressistes et de plus de 1 000 visiteurs issus de l’écosystème industriel.
La création d’un label « Made in Côte d’Ivoire » pourrait ainsi devenir l’un des instruments d’une politique industrielle plus large. Encore faudra-t-il que la certification accompagne une amélioration réelle de la production et ne se résume pas à rebaptiser, sous un sceau national, les fragilités déjà connues.
Dans la compétition ouverte par la ZLECAf, le véritable enjeu ne sera pas seulement de fabriquer en Afrique. Il sera de produire selon des standards capables de convaincre les consommateurs africains eux-mêmes que la qualité continentale mérite leur confiance.
La Rédaction
Sources et références : Forum africain de l’industrie ; Qualivoire Conseil.

