Asmara. L’Érythrée a haussé le ton. Dans une rare prise de parole publique, le président Isaias Afwerki a adressé un message musclé à l’Éthiopie, son puissant voisin enclavé. Il dénonce des projets d’accès à la mer Rouge qu’il juge « irréfléchis », pointant le risque d’un nouvel embrasement régional.
Dans une interview accordée samedi soir à la chaîne nationale Eri-TV, le président érythréen a clairement mis en garde contre toute tentative de recours à la force. « Si l’Éthiopie pense pouvoir submerger les forces érythréennes par une attaque par vagues humaines, elle se trompe lourdement », a déclaré le dirigeant de 78 ans, au pouvoir sans interruption depuis l’indépendance du pays en 1993.
Des tensions ravivées par la question maritime
L’Éthiopie, dépourvue d’accès à la mer depuis la séparation de l’Érythrée, nourrit depuis plusieurs années des ambitions maritimes, notamment en direction du port stratégique d’Assab, situé en territoire érythréen. Addis-Abeba est accusée par Asmara de vouloir s’en emparer, sous couvert de besoins économiques.
Pour Isaias Afwerki, cette obsession est une diversion. « Avant d’entraîner le peuple éthiopien dans des guerres non désirées ou de l’utiliser à des fins politiques, il faut d’abord résoudre les problèmes internes du pays », a-t-il affirmé, en référence aux fragilités persistantes du régime d’Abiy Ahmed.
Un passif lourd entre deux voisins
Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée sont marquées par un long cycle de conflits. Après une guerre meurtrière de 1998 à 2000, soldée par des dizaines de milliers de morts, une paix fragile avait été rétablie en 2018 avec la signature d’un accord entre Abiy Ahmed et Isaias Afwerki — un événement qui avait valu au Premier ministre éthiopien le prix Nobel de la paix.
Mais cette entente n’a pas survécu à la guerre du Tigré (2020–2022), dans laquelle l’Érythrée a joué un rôle actif aux côtés des troupes fédérales. Selon l’Union africaine, au moins 600.000 personnes ont péri durant ce conflit.
Présence militaire persistante au Tigré
Malgré la signature d’un accord de cessation des hostilités, des troupes érythréennes sont toujours stationnées dans le nord de l’Éthiopie, ce qui alimente les tensions et les accusations mutuelles. La situation est d’autant plus tendue que les velléités éthiopiennes sur Assab sont perçues par Asmara comme une menace directe à sa souveraineté.
« Ces ambitions sont irréfléchies et dangereuses », a répété Isaias Afwerki dans son intervention.
Un régime isolé mais résilient
Souvent surnommée la « Corée du Nord de l’Afrique », l’Érythrée demeure l’un des pays les plus fermés au monde. Elle occupe la dernière place mondiale en liberté de la presse selon Reporters sans frontières (180e sur 180 en 2025) et figure parmi les pays les moins développés selon l’indice du PNUD.
Selon l’ONG américaine The Sentry, Asmara continue de reconstruire son armée et de « déstabiliser ses voisins », profitant de la levée de l’embargo onusien sur les armes en 2018. Des accusations qualifiées de « totalement infondées » par les autorités érythréennes.
La Rédaction

