Dans une Afrique de l’Ouest confrontée à la persistance des violences armées, la connaissance du droit applicable en temps de conflit devient une compétence stratégique. L’annonce de la création prochaine au Togo d’un Centre d’excellence en droit international humanitaire dépasse ainsi le cadre académique : elle inscrit Lomé dans un espace régional où la protection des civils, la conduite des opérations militaires et le respect des règles de guerre deviennent des enjeux de plus en plus concrets.
Le futur centre doit renforcer la formation et le développement des compétences en droit international humanitaire, un corpus juridique destiné à limiter les effets des conflits armés et à protéger ceux qui ne participent pas ou plus aux hostilités.
Le Comité international de la Croix-Rouge, qui accompagne depuis plusieurs années les institutions togolaises sur ces questions, présente cette initiative comme un prolongement du rôle joué par le pays dans les mécanismes de paix et de dialogue régionaux. En 2025, le CICR a notamment formé au Togo des officiers des forces armées à l’intégration du droit des conflits armés dans les opérations et aux mécanismes de contrôle tactique.
Du droit à la conduite des opérations
Le droit international humanitaire repose notamment sur les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution. Leur portée est loin d’être théorique : ils déterminent, en situation de conflit, ce qui peut être pris pour cible, quelles précautions doivent être prises pour protéger les civils et jusqu’où l’emploi de la force peut aller.
Former des militaires, juristes, universitaires ou agents publics à ces règles revient donc à intervenir en amont, avant que les décisions ne soient prises dans l’urgence d’une crise.
Le CICR rappelle d’ailleurs que sa mission au Togo et au Bénin comprend à la fois l’assistance aux populations affectées par les violences armées et la promotion du respect du droit international humanitaire.
Lomé comme point d’ancrage régional
La portée du futur centre dépendra toutefois de sa capacité à dépasser le cadre national. Dans un espace ouest-africain où plusieurs États restent confrontés aux conséquences de conflits armés et de déplacements forcés, disposer d’un pôle de formation spécialisé peut renforcer les échanges d’expertise et l’harmonisation des pratiques.
Le Togo dispose déjà d’un historique de coopération avec le CICR en matière de diffusion et de mise en œuvre du droit humanitaire. Les États de la CEDEAO travaillent depuis plusieurs années avec l’organisation sur l’intégration de ces normes dans les politiques publiques et les forces armées.
Le véritable enjeu sera donc moins l’ouverture du centre que son niveau d’exigence : qualité des formations, liens avec les institutions militaires et universitaires, capacité de recherche, études de cas et rayonnement régional.
Dans une région où les crises sécuritaires ont cessé d’être lointaines ou exceptionnelles, l’expertise juridique n’est plus un supplément académique. Elle devient une composante de la préparation des États à des situations dans lesquelles la maîtrise du droit peut faire la différence entre l’usage de la force et sa dérive.
La Rédaction

