L’extradition vers le Mali de Yaya Cissé, ressortissant malien condamné à mort en Mauritanie pour un meurtre jugé lié à la sorcellerie, ravive un traumatisme judiciaire et relance un débat brûlant sur la justice et les droits humains dans la région.
Le ministère malien de la Justice a récemment confirmé que Cissé avait été officiellement remis par la Mauritanie, quinze ans après sa condamnation à la peine capitale. Il a aussitôt été transféré dans une prison malienne, conformément à un accord de coopération judiciaire bilatéral.
Ce transfert, salué par les autorités maliennes comme un acte de coopération « constructive », a cependant provoqué un tollé en Mauritanie, où le crime pour lequel Cissé a été condamné — le meurtre atroce du guide touristique Ahmed Ould Aman en 2010 à Nouadhibou — reste gravé dans la mémoire collective.
Le meurtre avait choqué l’opinion publique : la tête et les membres de la victime avaient été retrouvés dispersés dans la ville, tandis que le reste du corps n’avait été localisé qu’une dizaine de jours plus tard près d’une voie ferrée. Le parquet avait alors évoqué un mobile lié à la « sorcellerie et à l’utilisation d’organes humains ».
En décembre 2012, la Cour d’appel de Nouadhibou avait condamné trois personnes à mort, dont Yaya Cissé, tandis que d’autres étaient condamnées à de lourdes peines pour leur implication dans le démembrement du corps. Le dossier était clos juridiquement, mais pas dans l’opinion.
Soutiens politiques et colère populaire
La colère s’est amplifiée après que le député malien Khali Diallo a exprimé sa solidarité avec Cissé, le qualifiant d’« injustement emprisonné ». Sur les réseaux sociaux, de nombreuses voix mauritaniennes ont fustigé une prise de position jugée insultante pour la mémoire de la victime.
Face à la polémique, Diallo a tenté de justifier son soutien dans un second message. Selon lui, Cissé se trouvait au Mali au moment du meurtre, une version corroborée, dit-il, par d’anciens élus et témoins. Le député affirme avoir suivi l’affaire de près pendant plus de dix ans et assure que l’extradition était la seule issue possible pour corriger ce qu’il considère comme une « erreur judiciaire manifeste ».
Il conclut : « Je continuerai à défendre la vérité face à l’injustice et à la calomnie », insistant sur une approche « morale et spirituelle » de son engagement.
Une affaire à double tranchant
L’affaire pose des questions sensibles : sur la fiabilité des procédures judiciaires en Mauritanie, sur les pressions diplomatiques entre États voisins, et sur la place persistante de croyances occultes dans les affaires criminelles.
Alors que le dossier judiciaire semblait refermé, l’extradition de Yaya Cissé le rouvre sur le terrain politique et symbolique. Pour la famille de la victime, ce transfert est vécu comme un abandon. Pour ses soutiens, c’est la victoire tardive d’un combat pour la justice.
Mais pour l’opinion publique mauritanienne, encore marquée par l’horreur du crime, c’est surtout un douloureux rappel que certaines blessures ne cicatrisent pas facilement.
La Rédaction

