Séisme meurtrier en Colombie, catastrophe glaciaire au Népal, inondations, incendies et épisodes de chaleur extrême : l’enchaînement des désastres donne le sentiment d’une planète frappée de toutes parts. Mais assistons-nous réellement à davantage de catastrophes ? La réponse scientifique impose de distinguer les phénomènes géologiques des événements dont la fréquence ou l’intensité peut être modifiée par le changement climatique.
Les images se succèdent et nourrissent l’impression d’une période particulièrement brutale. En août, un puissant séisme a frappé la Colombie, faisant des centaines de morts et des milliers de blessés. Quelques semaines plus tard, le Népal a été confronté à une catastrophe majeure dans l’Himalaya, avec des centaines de morts et des milliers de personnes portées disparues.
À ces drames s’ajoutent les inondations, incendies, sécheresses et chaleurs extrêmes observés dans différentes régions du monde. Cette accumulation soulève une question légitime : sommes-nous réellement entrés dans une nouvelle époque de catastrophes ?
Toutes les catastrophes n’ont pas la même origine
La première précaution consiste à ne pas tout attribuer au changement climatique. Les séismes, comme celui qui a frappé la Colombie, résultent principalement des mouvements des plaques tectoniques. Ils existaient bien avant le réchauffement actuel et aucune tendance scientifique solide ne permet d’affirmer que le changement climatique provoque une augmentation générale des grands tremblements de terre.
Pour les vagues de chaleur, les précipitations extrêmes, certaines sécheresses ou les conditions favorisant les incendies, la situation est différente. Le GIEC établit que l’influence humaine sur le climat a déjà modifié la fréquence ou l’intensité de plusieurs catégories d’événements extrêmes. Le réchauffement n’explique pas automatiquement chaque catastrophe, mais il transforme progressivement les conditions dans lesquelles certaines d’entre elles se produisent.
L’Himalaya face à de nouveaux risques
Le Népal illustre particulièrement la vulnérabilité des régions de haute montagne. Le réchauffement accélère le recul des glaciers, modifie le pergélisol et favorise la formation ou l’expansion de lacs glaciaires. Ces transformations peuvent déstabiliser certains versants et augmenter les risques d’avalanches, d’effondrements et de crues brutales.
Il reste toutefois nécessaire de distinguer le contexte climatique de la cause immédiate d’une catastrophe. Démontrer qu’un événement précis a été rendu plus probable ou plus intense par le changement climatique nécessite généralement une étude d’attribution spécifique. Le réchauffement transforme l’environnement himalayen, mais chaque catastrophe conserve sa propre combinaison de facteurs.
Des sociétés beaucoup plus exposées
L’impression d’une multiplication des catastrophes s’explique également par une autre évolution majeure : davantage de personnes, de logements et d’infrastructures se trouvent aujourd’hui dans des zones dangereuses. Les villes s’étendent sur des littoraux, des plaines inondables, des pentes instables ou des territoires fortement exposés aux séismes.
Un phénomène naturel ne devient une catastrophe humaine que lorsqu’il rencontre une population vulnérable. Un séisme de même magnitude peut ainsi provoquer relativement peu de victimes dans une région disposant de constructions résistantes et devenir meurtrier ailleurs. La qualité des infrastructures, les systèmes d’alerte, la pauvreté, l’organisation des secours et l’aménagement du territoire déterminent largement l’ampleur du bilan.
Cette vulnérabilité croissante permet de comprendre une partie du paradoxe actuel. La planète ne produit pas nécessairement davantage de tous les types d’aléas naturels, mais nos sociétés ont accumulé beaucoup plus de populations et de richesses dans les espaces où ils peuvent frapper.
Le climat change néanmoins les règles
Pour les phénomènes directement sensibles au climat, le constat est plus préoccupant. Une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau, augmentant le potentiel de précipitations extrêmes lorsque les conditions sont réunies. La hausse des températures rend également les vagues de chaleur plus sévères et peut accentuer certaines sécheresses ainsi que les conditions favorables aux incendies.
Les risques peuvent en outre se combiner. Une sécheresse prolongée peut préparer le terrain à des incendies ; des précipitations extrêmes sur des sols déjà saturés peuvent provoquer des crues et des glissements de terrain ; l’élévation du niveau marin peut amplifier les conséquences d’une tempête sur les littoraux.
Ce sont ces interactions qui préoccupent particulièrement les scientifiques. Le changement climatique ne crée pas toutes les catastrophes, mais il peut charger davantage les dés de certains événements extrêmes.
Une nouvelle ère, mais pas celle que l’on imagine
Parler d’une « ère des catastrophes naturelles » serait donc trop simplificateur. Les séismes continueront d’être provoqués par la tectonique des plaques, les volcans continueront d’entrer en éruption et tous les cyclones ou toutes les inondations ne peuvent être individuellement imputés au réchauffement.
Une rupture est pourtant bien en cours. Certains extrêmes climatiques deviennent plus probables ou plus intenses tandis que l’urbanisation, la croissance démographique et l’occupation de territoires vulnérables augmentent parallèlement notre exposition.
Nous entrons donc moins dans un monde où la nature produirait soudain davantage de catastrophes de toutes sortes que dans un monde où certains aléas deviennent plus dangereux et où nos sociétés ont davantage à perdre lorsqu’ils surviennent.
Les catastrophes récentes en Colombie et au Népal illustrent précisément cette différence. La première rappelle la permanence des grands risques géologiques. La seconde attire l’attention sur la fragilité croissante des environnements de haute montagne. Entre les deux apparaît le véritable défi du XXIe siècle : comprendre ce qui relève du climat, ce qui n’en relève pas et, surtout, préparer des sociétés désormais beaucoup plus exposées aux désastres.
La Rédaction
Sources : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), sixième rapport d’évaluation ; Organisation météorologique mondiale (OMM) ; autorités nationales chargées de la gestion des catastrophes en Colombie et au Népal.

