Longtemps dominée par les capacités de production, les prix et les parts de marché, la concurrence entre cimentiers togolais s’étend désormais à un nouveau terrain : la réduction des émissions de CO₂. CIMTOGO vient d’afficher ses ambitions, mais la transition ne pourra produire des effets significatifs que si l’ensemble de la filière suit le mouvement.
Le ciment est indispensable aux infrastructures, mais sa fabrication demeure particulièrement polluante. Au Togo, les émissions liées à la production destinée au marché intérieur auraient atteint environ 900 000 tonnes de CO₂ en 2023. Sans transformation des procédés industriels, elles pourraient doubler à l’horizon 2050.
Face à cette trajectoire, les producteurs ont élaboré une feuille de route commune. Elle prévoit notamment de réduire la proportion de clinker, composant le plus émetteur du ciment, et de remplacer progressivement le charbon par des combustibles issus de déchets agricoles ou municipaux.
CIMTOGO affiche sa trajectoire
Le lancement d’ECOCIM par CIMTOGO illustre cette évolution. Destiné à remplacer le ciment Super Rapide, le nouveau produit contient moins de clinker et davantage de calcaire.
Selon les données communiquées par l’entreprise, ses émissions atteindraient 468,66 kilogrammes de CO₂ par tonne, contre 485,64 kilogrammes pour le produit précédent.
La filiale de Heidelberg Materials vise désormais une moyenne de 400 kilogrammes par tonne à l’horizon 2030. L’écart reste donc important, mais l’entreprise devient la première du marché togolais à rendre publique une cible chiffrée de réduction.
Une transition désormais encadrée
Cette mutation intervient alors que le Togo renforce son cadre normatif. Trois normes nationales relatives au ciment ont été introduites en mars 2026 afin d’améliorer la qualité des produits, de sécuriser les constructions et d’encadrer plus rigoureusement le marché.
CIMTOGO présente ECOCIM comme le premier ciment fabriqué localement conformément à la norme TGN 002. Cette conformité devient aussi un argument commercial dans un secteur où quatre producteurs se disputent le marché.
Le véritable test reste collectif
La réduction des émissions ne pourra toutefois reposer sur un seul fabricant. Cimco, WACEM et Dangote Cement n’ont pas encore communiqué publiquement de trajectoire chiffrée comparable pour leurs activités au Togo.
Le principal défi sera donc d’étendre les nouvelles exigences à tous les producteurs et importateurs. La baisse du clinker, le recours aux combustibles alternatifs et l’application uniforme des normes détermineront la crédibilité de la transition.
Le marché togolais du ciment entre ainsi dans une phase où la performance industrielle ne sera plus seulement mesurée en tonnes produites. Elle devra également l’être en carbone évité.
La Rédaction

