La République centrafricaine (RCA) montre des signes tangibles de stabilisation plus d’une décennie après avoir frôlé l’effondrement de son État. Élections générales, désarmement partiel des groupes armés et relance progressive des institutions dessinent un tableau encourageant, mais fragile.
Le maintien de la paix reste fortement dépendant de la présence de plus de 12 000 Casques bleus et d’un soutien international soutenu, sans lequel l’État peine à asseoir son autorité sur l’ensemble du territoire. « La centralité de la justice et de l’État de droit doit être renforcée », a souligné Omar Hilale, président de la Commission de consolidation de la paix, devant le Conseil de sécurité. Il a toutefois rappelé que ces progrès restent précaires et pourraient facilement être remis en cause.
Une sortie de crise lente et incomplète
Depuis 2014, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) accompagne le pays dans sa transition. À l’époque, le pays connaissait une vague de violences extrêmes après la prise de pouvoir de la coalition rebelle Séléka et les contre-offensives des milices anti-balaka. L’État était absent sur de larges portions du territoire, les conflits intercommunautaires se multipliaient et des centaines de milliers de civils fuyaient leurs foyers.
Aujourd’hui, plusieurs étapes ont été franchies : dissolution de la Séléka, signature d’un accord de paix en 2019 intégrant 14 groupes armés dans le processus politique et organisation de trois élections présidentielles, dont la dernière le 28 décembre 2025. La cheffe de la MINUSCA, Valentine Rugwabiza, considère ce scrutin comme « un jalon crucial pour la consolidation du processus de paix et de l’autorité de l’État ».
Des avancées inégales sur le terrain
Les progrès sécuritaires et institutionnels restent géographiquement contrastés. Les régions de l’ouest et du centre ont vu une amélioration relative de la sécurité, tandis que le nord-est et le sud-est subissent encore des tensions : attaques sporadiques de groupes armés, rivalités locales et pressions liées à l’arrivée de réfugiés du Soudan voisin. L’accès humanitaire y demeure difficile et l’autorité étatique fragile.
Les groupes armés, un défi persistant
Le programme de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) a progressé, avec plusieurs milliers d’ex-combattants concernés. Cependant, Omar Hilale insiste : « Préserver l’intégrité du DDR et soutenir le développement socio-économique à long terme sont essentiels pour une stabilisation durable. » Faute d’emplois et d’infrastructures, certains anciens combattants restent vulnérables à une remobilisation armée. La paix, ici, est directement corrélée aux opportunités économiques.
Un État encore dépendant de l’extérieur
La consolidation institutionnelle reste un autre défi majeur : réforme du secteur de la sécurité, renforcement de la justice et extension de l’administration hors de Bangui. L’appropriation nationale demeure cruciale pour éviter que la présence internationale ne se substitue durablement à l’État. M. Hilale souligne la nécessité d’une transition ordonnée et responsable vers un contrôle effectif par les autorités nationales.
Fragilité économique et perspectives de développement
L’économie centrafricaine reste largement informelle et contrainte par des infrastructures limitées. Le plan national de développement 2024-2028 vise à réduire la dépendance à l’aide humanitaire et à amorcer une reconstruction durable. La stabilisation de l’État dépend donc autant des améliorations économiques que des avancées sécuritaires et institutionnelles. Routes, énergie, services publics et emplois conditionnent la perception même de la paix par la population.
Une paix sous surveillance
La Centrafrique illustre le paradoxe des pays post-conflit : la violence recule, les institutions fonctionnent, mais l’équilibre reste fragile. La paix existe, mais elle reste largement encadrée et dépendante du soutien extérieur. La transition, bien qu’engagée, reste un processus progressif où chaque avancée peut être réversible.
La Rédaction

