Boire de l’alcool augmente-t-il le risque de cancer du pancréas ?
Une étude d’envergure internationale dirigée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), bras scientifique de l’OMS basé à Lyon, vient de livrer une réponse préoccupante. Publiée récemment dans une revue scientifique, elle établit une corrélation claire, bien que modérée, entre la consommation quotidienne d’alcool et un risque accru de cancer du pancréas — une pathologie particulièrement mortelle.
Une augmentation du risque dès 10 g d’alcool par jour
Chaque augmentation de 10 grammes d’alcool consommés par jour — soit moins d’un verre standard — s’accompagne d’une élévation de 3 % du risque de développer ce cancer. Et ce, indépendamment du sexe, du tabagisme ou d’autres facteurs de risque connus.
Chez les femmes, une consommation quotidienne de 15 à 30 g est associée à une hausse de 12 % du risque. Pour les hommes, une consommation entre 30 et 60 g/jour fait grimper ce risque à 15 %, et dépasse 36 % au-delà de 60 g/jour.
Une cohorte mondiale de 2,5 millions de personnes
L’étude s’appuie sur les données de 30 cohortes issues de quatre continents (Asie, Australie, Europe et Amérique du Nord), couvrant un échantillon massif de 2,5 millions de participants suivis sur une période médiane de 16 ans.
Sur cette durée, plus de 10 000 cas de cancer du pancréas ont été recensés, confirmant l’ampleur du phénomène.
Un facteur de risque longtemps minimisé
« La consommation d’alcool est un cancérogène connu, mais jusqu’à présent, les preuves de son lien spécifique avec le cancer du pancréas étaient insuffisantes », indique le Dr Pietro Ferrari, responsable de la branche Nutrition et métabolisme au CIRC et auteur principal de l’étude.
L’étude souligne que même chez les non-fumeurs, l’alcool apparaît comme un facteur de risque autonome. Ce constat vient remettre en question l’idée selon laquelle l’effet cancérogène de l’alcool serait toujours indirect ou conditionné par d’autres facteurs.
Un cancer discret mais redoutable
Le cancer du pancréas est le 12e cancer le plus diagnostiqué au monde, mais il est l’un des plus mortels, représentant à lui seul 5 % des décès liés au cancer en 2022. Il frappe particulièrement les pays industrialisés : Europe, Amérique du Nord, Australie et Asie de l’Est enregistrent des taux de mortalité 4 à 5 fois plus élevés qu’ailleurs.
Ses facteurs de risque connus incluent déjà le tabac, l’obésité, le diabète et la pancréatite chronique. L’alcool s’ajoute désormais à cette liste avec un poids scientifique plus difficile à ignorer.
Vers de nouvelles recommandations ?
Le Dr Ferrari appelle à des recherches complémentaires, notamment sur l’impact de la consommation d’alcool dès l’âge adulte jeune, et sur les effets des habitudes de consommation comme le binge drinking.
Mais cette nouvelle étude pourrait déjà suffire à inciter les autorités de santé à revoir leurs messages de prévention. Car si les effets de l’alcool sur le foie ou les voies digestives étaient déjà établis, ce lien avec le pancréas pourrait redessiner les contours de la sensibilisation.
La Rédaction

