L’ancien président congolais Joseph Kabila s’apprête à réapparaître sur la scène nationale. Dans une lettre adressée le 8 avril à Jeune Afrique, il déclare vouloir revenir « sans délai » en République démocratique du Congo. L’annonce survient après plusieurs mois de retrait à l’étranger, entamé en décembre 2023 dans une relative discrétion.
Sans jamais préciser le pays dans lequel il résidait, Kabila évoque dans sa lettre « un an d’exil », bien que les faits connus indiquent une absence de seulement quatre mois. Il parle également de « six ans de silence total », une manière d’assumer sa mise en retrait progressive depuis la fin de son mandat en janvier 2019, où il avait officiellement quitté le pouvoir en faveur de Félix Tshisekedi tout en conservant une influence discrète au sein du Front commun pour le Congo (FCC).
Un retour par « l’est » dans un contexte explosif
Kabila précise vouloir rentrer « par l’est », une région aujourd’hui en proie à une forte instabilité sécuritaire. Il affirme vouloir « contribuer à trouver une solution » à la crise actuelle, alors que les tensions se multiplient dans le Nord-Kivu, et que les forces armées congolaises peinent à contenir les attaques répétées des groupes armés, en particulier les rebelles du M23.
Le choix du moment n’est pas anodin. Tandis que Félix Tshisekedi entame son second mandat, contesté dans certaines zones du pays, Kabila semble vouloir réactiver sa stature d’homme fort, en se positionnant non plus comme l’ancien président silencieux, mais comme un acteur susceptible d’offrir une issue à la paralysie institutionnelle et militaire actuelle. Il reste cependant flou sur la nature de son engagement : retour symbolique ou tentative de reconstitution d’un poids politique plus concret ?
Un calcul politique sous-jacent ?
Le retour de Kabila intervient alors que l’opposition peine à s’unir, que le pouvoir de Tshisekedi est affaibli par les crises multiples, et que la population exprime un désarroi croissant face à la violence de l’Est et à l’instabilité économique. En se plaçant du côté de la résolution des conflits, Joseph Kabila pourrait tenter de restaurer une forme de légitimité populaire, voire de reprendre l’initiative politique à terme.
Il reste que les conditions de son retour ne sont pas encore connues. Aucune date n’a été annoncée, et aucun dispositif officiel n’a été communiqué pour encadrer cette rentrée. Le simple fait qu’il ait choisi Jeune Afrique pour rompre son silence suggère une volonté de contrôle du récit, et une stratégie soignée de réapparition. Mais dans un pays aussi volatile que la RDC, un retour, même bien préparé, peut faire l’effet d’une étincelle dans une poudrière.
La Rédaction

