Le Cameroun veut reprendre le contrôle d’une filière aurifère qui échappe largement à sa surveillance. À partir du 1er août, les autorités lanceront une vaste campagne de contrôles destinée à lutter contre la fraude, améliorer la traçabilité de la production et récupérer des centaines de millions de dollars de recettes fiscales. Cette offensive intervient sur fond d’importants écarts entre les exportations officiellement déclarées par Yaoundé et les volumes enregistrés par les Émirats arabes unis, où Dubaï est devenue la principale destination de l’or camerounais.
Une opération nationale pour récupérer les recettes perdues
Le gouvernement camerounais entend renforcer la surveillance du secteur aurifère afin de mieux capter les revenus issus de l’exploitation de l’or. Les contrôles, qui débuteront le 1er août, devraient permettre à l’État de mobiliser près de 680 millions de dollars de recettes fiscales et douanières, sur la base d’une production estimée à 17,17 tonnes pour les exercices 2025 et 2026.
Cette décision répond à un constat récurrent des autorités : les quantités d’or effectivement produites dépasseraient régulièrement les volumes officiellement déclarés, privant les finances publiques de ressources importantes. Yaoundé souhaite ainsi renforcer les contrôles sur les sites d’exploitation, améliorer le suivi de la production et lutter contre les circuits parallèles qui alimentent la contrebande.
Les autorités estiment également qu’au moins 200 sociétés exercent des activités aurifères sans autorisation, une situation qui complique la traçabilité de la filière et favorise les exportations illicites.
Le mystère des exportations vers Dubaï
L’offensive gouvernementale intervient alors que plusieurs rapports ont mis en évidence des écarts spectaculaires entre les statistiques camerounaises et celles des Émirats arabes unis.
Les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) montrent qu’en 2023, le Cameroun n’a officiellement déclaré que 22,3 kilogrammes d’or exportés, tandis que les Émirats arabes unis ont enregistré l’importation de plus de 15 tonnes d’or en provenance du Cameroun. Un écart qui laisse supposer l’existence de vastes circuits de contrebande et de graves défaillances dans la chaîne de traçabilité.
Les chiffres publiés par la Société nationale des mines (Sonamines) renforcent cette inquiétude. Entre 2021 et 2025, près de 44 tonnes d’or auraient été attribuées au Cameroun dans les statistiques d’importation des Émirats arabes unis, alors que seulement 148 kilogrammes ont été officiellement déclarés à l’exportation par les douanes camerounaises.
Une filière stratégique sous pression
L’exploitation artisanale et semi-industrielle de l’or constitue une activité économique importante, notamment dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Mais la multiplication des exploitations illégales, les insuffisances des mécanismes de contrôle et l’opacité de certains circuits commerciaux limitent fortement les retombées économiques pour l’État.
Face à cette situation, le gouvernement veut renforcer les inspections sur le terrain, améliorer les déclarations de production, retirer les autorisations aux opérateurs non conformes et accroître la transparence tout au long de la chaîne de valeur. Ces mesures s’inscrivent dans une réforme plus large engagée depuis plusieurs mois afin de mieux encadrer le secteur extractif.
Reprendre le contrôle d’une richesse nationale
Au-delà des recettes fiscales attendues, cette campagne marque la volonté de Yaoundé de reprendre la maîtrise d’une ressource stratégique dont une partie importante échappe aux circuits officiels.
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse la seule lutte contre la fraude. Il s’agit aussi de restaurer la crédibilité de la gouvernance minière, d’améliorer la transparence des exportations et de faire en sorte que l’exploitation de l’or contribue davantage au financement du développement national plutôt qu’aux réseaux de contrebande internationaux.
La Rédaction

