Pendant des années, terminer une licence en trois ans relevait parfois davantage de la théorie que de la réalité dans certaines universités publiques burkinabè. Chevauchements de promotions, sessions repoussées, semestres prolongés et calendriers désynchronisés avaient fini par installer le retard académique comme une composante presque ordinaire de la vie universitaire. Le gouvernement affirme aujourd’hui être sur le point de refermer cette longue parenthèse.
Au 31 août 2026, 320 des 321 filières recensées dans les universités publiques étaient revenues à un calendrier normal, soit 99,69 %. La dernière, la filière Pharmacie de l’Université Joseph-Ki-Zerbo, doit achever son année le 21 septembre. Le ministère prévoit donc une normalisation complète dès la rentrée 2026-2027.
Un retard devenu structurel
La crise ne date pas d’hier. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, les décalages ont commencé à s’accumuler à partir de 2008 avant de s’aggraver avec la généralisation du système Licence-Master-Doctorat en 2010. Dans certaines filières, les retards atteignaient de trois à plus de 30 mois.
Pour les étudiants, ces décalages avaient des conséquences très concrètes. Une formation théoriquement prévue sur trois ans pouvait s’étendre bien au-delà, retardant l’obtention des diplômes, l’entrée sur le marché du travail et, pour certains, la poursuite d’études. Les établissements eux-mêmes devaient gérer plusieurs promotions simultanément, avec des infrastructures et des effectifs enseignants déjà sous pression.
De 81 % à presque 100 % en deux ans
La progression s’est accélérée depuis 2024. Le taux de filières normalisées, encore autour de 81 % à l’automne 2024, a dépassé 92 % en 2025, puis 98 % fin juillet 2026 avant d’atteindre 99,69 % un mois plus tard.
Le rattrapage a reposé sur plusieurs leviers. Enseignants et étudiants ont parfois poursuivi les activités pendant les périodes habituellement consacrées aux vacances. Le gouvernement a également renforcé le suivi des cursus, recruté du personnel, développé les infrastructures et réorganisé une partie de la gestion académique autour de la plateforme Campus Faso.
Cette politique a également bénéficié d’investissements supplémentaires. En juin, le Conseil des ministres avait notamment validé près de 5,97 milliards de FCFA pour poursuivre la construction d’infrastructures et acquérir du matériel pédagogique et de laboratoire en vue de la rentrée 2026-2027.
La prochaine bataille sera de ne pas rechuter
Atteindre 100 % ne signifie cependant pas que le problème est définitivement réglé. La croissance des effectifs, le manque d’enseignants, les besoins en salles, laboratoires et logements universitaires restent autant de facteurs susceptibles de recréer des retards si la pression augmente plus vite que les capacités d’accueil.
Le gouvernement veut donc désormais passer d’une logique de rattrapage à une logique de prévention. Suivi régulier des calendriers, infrastructures supplémentaires, diversification des formations et amélioration des conditions de travail doivent permettre de préserver l’acquis annoncé.
La rentrée 2026-2027 aura ainsi valeur de test. Après avoir presque effacé quinze années de décalages accumulés, le véritable défi du Burkina Faso sera désormais de faire de l’année universitaire normale non plus une exception retrouvée, mais une règle durable.
La Rédaction
Sources : ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation du Burkina Faso ; Lefaso.net ; Burkina24 ; Conseil des ministres du Burkina Faso.

