Des analyses réalisées dans trois régions camerounaises révèlent plusieurs contaminants dans des prélèvements de poulets et d’œufs. Leur présence appelle des vérifications supplémentaires pour préciser l’exposition des consommateurs et l’étendue du problème.
Une étude publiée le 1er septembre 2026 dans Food Safety and Risk, menée par des chercheurs de l’Université de Yaoundé I et de l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales, relève six éléments : plomb, nickel, arsenic, cadmium, chrome et mercure. Cette recherche ouvre un dossier de sécurité alimentaire qui exige de distinguer les résultats de laboratoire, les estimations sanitaires et les mesures de contrôle.
Des concentrations différentes selon les produits
Les chercheurs ont collecté 48 poulets et 180 œufs dans 12 élevages du Centre, du Littoral et de l’Ouest. Les analyses ont porté sur 18 échantillons composites, obtenus en regroupant les prélèvements. Ce dispositif ne permet pas de déterminer la proportion de produits concernés à l’échelle nationale.
Le mercure atteint 798,3 à 845,5 microgrammes par kilogramme dans les foies, contre 1,4 à 2,3 dans les muscles et 3,3 à 3,6 dans les œufs. Pour le cadmium, les concentrations musculaires vont de 27,3 à 29,6 microgrammes par kilogramme. Il serait donc trompeur d’attribuer indistinctement à toute la viande les valeurs relevées dans les abats.
La présence d’un métal ne suffit pas à mesurer le risque
En sécurité alimentaire, le danger désigne la capacité d’une substance à provoquer un dommage. Le risque dépend de l’exposition réelle : sa concentration, la quantité d’aliment consommée et la fréquence de consommation. L’Autorité européenne de sécurité des aliments rappelle que ces informations doivent être combinées pour apprécier les conséquences possibles sur la santé.
Les effets toxiques de certains métaux sont bien documentés. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le mercure peut affecter notamment les reins et le système nerveux. Ses différentes formes chimiques présentent toutefois des toxicités distinctes. Le développement de l’enfant, avant et après la naissance, constitue un point de vigilance particulier. Ces connaissances générales ne démontrent pas que des consommateurs camerounais ont subi ces effets.
Le cadmium peut également endommager les reins lors d’une exposition prolongée. Pour le chrome, la distinction entre les formes trivalente et hexavalente est déterminante. Présenter une concentration globale comme la preuve d’un risque cancérogène précisément quantifié serait insuffisamment étayé.
L’étude propose des risques modélisés, sans établir de maladies chez les consommateurs. Son calcul d’exposition au poulet moyenne les concentrations du foie et du muscle. Cette méthode appelle une clarification sur la consommation respective des deux tissus. Les estimations doivent donc être vérifiées avant d’en tirer des recommandations alimentaires.
Des contrôles pour éclairer les consommateurs
La priorité serait de confirmer les mesures par des analyses complémentaires et d’élargir les prélèvements. Une enquête représentative permettrait de distinguer un problème localisé d’une situation plus étendue. La traçabilité des produits serait également nécessaire pour relier les résultats à des élevages, à des périodes de production et à des conditions précises.
L’origine des contaminants reste une question à instruire. Les aliments pour volailles, l’eau et l’environnement des exploitations constituent des pistes de contrôle, sans qu’il soit possible de désigner ici un responsable. Une investigation devrait comparer ces différentes sources aux résultats obtenus dans les produits.
Il faut aussi clarifier les limites réglementaires applicables au Cameroun. Un seuil cité dans une publication scientifique ne constitue pas automatiquement une norme nationale. À ce stade, aucun communiqué officiel confirmant une interdiction ou un retrait n’a été retrouvé dans les sources consultées. Une communication publique documentée permettrait d’informer les consommateurs sur les produits éventuellement concernés et les mesures justifiées par les contrôles.
La Rédaction
Sources : étude de Keutchatang et collaborateurs, Food Safety and Risk, septembre 2026 ; OMS, fiches sur le mercure et le cadmium ; EFSA, distinction entre danger et risque et évaluation du chrome alimentaire. (link.springer.com, link.springer.com, who.int, who.int, efsa.europa.eu, efsa.europa.eu)

