Un contrat de plus de 200 millions de dollars signé à l’insu du ministère de la Défense met en lumière la montée en puissance du renseignement malien et les tensions internes entre Assimi Goïta, Sadio Camara et le colonel Modibo Koné.
Une transaction secrète révélée
Le 15 août 2024, un contrat de 210 millions de dollars a été signé entre le colonel Modibo Koné, chef de l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE), et le constructeur turc Baykar, spécialiste des drones Akinci. Les documents confidentiels consultés révèlent que le ministère de la Défense, dirigé par Sadio Camara, n’a joué aucun rôle dans cette transaction, qui échappe à tout contrôle institutionnel ou parlementaire.
Fatoumata Batouly Niane, surnommée “jet-setteuse du pouvoir”, aurait joué un rôle clé dans les négociations avec Ankara, utilisant ses réseaux pour accélérer l’accord dans un contexte où le Mali dépend de plus en plus de la Turquie pour son équipement militaire.
Des montants et conditions préoccupants
Les annexes du contrat précisent :
• Drone Akinci : 27 millions de dollars l’unité
• Bombes guidées MAM-L et MAM-T : 80 000 à 120 000 dollars pièce
• Frais de transport : 9 millions de dollars pour une livraison “CIP Aéroports du Mali”
Ces prix dépassent le marché international, laissant planer le doute sur une possible surfacturation. Le contrat stipule l’application du droit turc et prévoit le règlement des litiges en Suisse, réduisant la souveraineté juridique du Mali sur cet achat d’État.
Une redistribution du pouvoir militaire
Cette opération a déclenché une crise interne majeure. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, écarté après la découverte du contrat, est désormais en rivalité ouverte avec le président de la junte, Assimi Goïta. Le colonel Modibo Koné, en charge de l’ANSE, concentre la sécurité présidentielle et le renseignement, reléguant l’armée classique à un rôle secondaire.
Les drones, officiellement destinés à la lutte contre les groupes armés, seraient surtout utilisés pour sécuriser le régime, comme le confirment les récentes opérations dans le nord et le centre du pays, souvent meurtrières pour les civils.
Ankara au cœur de la sécurité présidentielle
Pour renforcer sa protection personnelle, Assimi Goïta aurait fait appel à la société militaire turque SADAT, réputée proche des services secrets turcs. Cette décision accentue la dépendance du Mali vis-à-vis d’Ankara et illustre la privatisation inquiétante de la sécurité présidentielle.
La Rédaction
Source : Mondafrique

