À un peu plus de trois mois de l’élection présidentielle camerounaise, un tournant politique majeur vient de s’opérer : Bello Bouba Maïgari, figure historique du régime de Paul Biya, a annoncé ce samedi sa candidature. Âgé de 78 ans, le président de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) entre officiellement en lice, marquant une rupture significative avec le chef de l’État en poste depuis plus de 40 ans.
S’exprimant devant la presse à Yaoundé après une réunion extraordinaire de son parti, l’ancien Premier ministre a déclaré :
« Après les délibérations et l’approbation du comité central, j’ai accepté d’être candidat à l’élection présidentielle en octobre 2025. »
Un ralliement historique remis en question
Ministre d’État en charge du Tourisme et des Loisirs, Bello Bouba Maïgari n’a toutefois pas présenté sa démission du gouvernement. Mais son positionnement critique et l’appel explicite à une « rupture » avec les pratiques actuelles du pouvoir laissent entrevoir une volonté de repositionnement clair. Les militants de l’UNDP, poussés par une frustration croissante, dénoncent ouvertement la « mal-gouvernance », la « corruption » et les « injustices criantes » qui, selon eux, fragilisent l’unité nationale.
Le Nord du Cameroun, clé de la présidentielle 2025
L’entrée en campagne de Bello Bouba intervient peu après l’annonce de candidature d’un autre ancien ministre, Issa Tchiroma Bakary, ex-titulaire du portefeuille de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Tous deux originaires du Nord, région qui concentre environ 40 % du corps électoral national, ils pourraient profondément redistribuer les cartes. Cette zone, historiquement favorable au RDPC, risque de se fragmenter électoralement, affaiblissant ainsi le bastion de Paul Biya.
Un scrutin à fort enjeu pour le pouvoir et l’opposition
À l’heure actuelle, plusieurs figures majeures de l’opposition sont déjà en lice : Maurice Kamto (MRC), Cabral Libii (PCRN), Joshua Osih (SDF) et Serge Espoir Matomba (PURS). La candidature de Paul Biya, 92 ans, reste en suspens, mais son absence ou son maintien pourrait profondément bouleverser les équilibres.
L’annonce de Bello Bouba Maïgari ouvre une nouvelle page de la vie politique camerounaise, marquée par une recomposition inattendue des alliances. Le paysage électoral, longtemps figé, semble aujourd’hui entrouvrir la porte à une réelle compétition — y compris au sein de l’ancienne majorité.
La Rédaction

