Le Burundi engage une nouvelle phase de sa politique anticorruption. Le président Évariste Ndayishimiye entend renforcer les contrôles, responsabiliser les administrations et empêcher les auteurs de détournements de retrouver des fonctions publiques. Une campagne nationale de sensibilisation accompagnera cette offensive.
Au Burundi, la lutte contre la corruption ne doit plus se limiter aux déclarations d’intention. Le gouvernement veut désormais renforcer la surveillance des ressources publiques et responsabiliser ceux qui en assurent la gestion. Une ambition réaffirmée par le président Évariste Ndayishimiye lors du lancement officiel de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption et les malversations économiques, organisé le 9 octobre au palais de Kiriri, à Bujumbura.
Adoptée en janvier 2026, cette stratégie couvre la période 2026-2030. Elle vise à combattre les pratiques qui privent l’État de recettes et affaiblissent l’efficacité des services publics, notamment les détournements de fonds, les pots-de-vin et les irrégularités administratives.
Des sanctions et une surveillance renforcées
Le chef de l’État souhaite durcir les conséquences des actes de corruption. Selon les orientations présentées lors de la cérémonie, les personnes reconnues coupables de détournement devraient restituer les sommes concernées et pourraient être inscrites sur une liste noire destinée à empêcher leur retour à certaines responsabilités.
Cette mesure annoncée nécessitera des modalités d’application précises, notamment pour garantir le respect des procédures judiciaires.
La stratégie prévoit également un renforcement des mécanismes de contrôle dans plusieurs secteurs sensibles, parmi lesquels les marchés publics, les finances, la fiscalité, la santé, l’éducation et l’administration judiciaire.
Une mobilisation jusque dans les collines
L’autre priorité consiste à associer directement les citoyens à la prévention des malversations. Évariste Ndayishimiye a insisté sur la nécessité de mieux informer la population sur l’origine des ressources publiques et leur utilisation.
Des comités mixtes de lutte contre la corruption doivent être mobilisés à différents échelons administratifs, jusque dans les collines, unités territoriales de proximité. Une campagne nationale de sensibilisation de trois mois a également été annoncée pour encourager l’intégrité dans les administrations et les communautés.
Cette démarche entend faire de la vigilance citoyenne un complément aux dispositifs institutionnels de contrôle.
La crédibilité se mesurera aux résultats
Élaborée avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la stratégie s’inscrit dans la Vision Burundi 2040-2060, qui place l’amélioration de la gouvernance parmi les conditions du développement économique.
Son efficacité dépendra toutefois de résultats vérifiables : récupération des fonds détournés, amélioration du recouvrement des recettes, transparence des marchés publics et application effective des sanctions.
Pour Bujumbura, l’enjeu dépasse ainsi la répression des pratiques frauduleuses. Il s’agit de restaurer la confiance dans la gestion publique et de garantir que les ressources nationales bénéficient davantage aux populations. Le véritable test commencera avec la mise en œuvre des engagements annoncés.
La Rédaction

