Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte au Burkina Faso, a pris la décision de limoger le Premier ministre et de dissoudre le gouvernement, selon un décret publié le vendredi 6 décembre. Le document officiel stipule que les membres de l’exécutif sortant continueront à gérer les affaires courantes en attendant la formation d’une nouvelle équipe ministérielle.
Une stabilité politique fragile
Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla, en poste depuis octobre 2022, a dirigé trois gouvernements successifs sous l’ère Traoré, lui-même arrivé au pouvoir après un coup d’État en septembre 2022. Ce dernier avait renversé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, auteur d’un premier putsch en janvier de la même année contre l’ancien président Roch Marc Christian Kaboré.
L’instabilité politique au Burkina Faso, marquée par ces bouleversements successifs, s’inscrit dans un contexte régional tendu où le Mali et le Niger partagent des trajectoires similaires. Ces trois pays, gouvernés par des juntes militaires, ont rompu avec la France pour établir de nouvelles alliances, notamment avec la Russie.
Coopération stratégique et lutte contre l’insécurité
En septembre 2023, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont fondé l’Alliance des États du Sahel (AES) pour renforcer leur coopération sécuritaire et économique. Cette initiative, qui s’accompagne d’un éloignement de la sphère d’influence occidentale, a été saluée par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, lors d’un sommet Russie-Afrique à Sotchi.
Cependant, les défis sécuritaires persistent : les attaques de groupes jihadistes continuent de ravager le pays, causant plus de 26 000 morts depuis 2015, dont plus de la moitié depuis le coup d’État de 2022. Le conflit a également déplacé près de deux millions de personnes, exacerbant une crise humanitaire déjà critique.
Une vision commune pour l’avenir
Au-delà des enjeux sécuritaires, la confédération entre le Burkina, le Mali et le Niger, annoncée en juillet, illustre une volonté d’intégration régionale. Avec une population combinée de 72 millions d’habitants, ce regroupement ambitionne de bâtir un espace économique et politique autonome, affranchi des pressions extérieures.
La dissolution du gouvernement burkinabè s’inscrit dans ce contexte où chaque décision est scrutée, témoignant des ambitions, mais aussi des incertitudes, qui entourent l’avenir politique du pays.
La Rédaction

