C’est une première mondiale dans le milieu de l’athlétisme
À l’heure où s’élancent les coureurs du marathon de Boston, les organisateurs de l’épreuve ont annoncé un geste inédit : le dédommagement de 80 athlètes élites, reclassés après disqualification pour dopage de leurs concurrents. Une initiative qui rompt avec la tradition d’attente imposée par la Fédération internationale, et qui redonne enfin leur dû à ceux qui ont couru proprement.
Fin de l’attente pour Buzunesh Deba
Onze ans après avoir franchi la ligne d’arrivée en deuxième position au marathon de Boston, l’Éthiopienne Buzunesh Deba recevra enfin les 100 000 dollars qui lui reviennent. En 2014, elle terminait derrière la Kényane Rita Jeptoo, suspendue deux ans plus tard pour dopage. Le reclassement de Deba n’a pas suffi à déclencher le versement des primes, faute de remboursement par l’athlète disqualifiée. Aujourd’hui, la Boston Athletics Association (BAA) a décidé de contourner cette règle pour agir : « Nous avons voulu faire ce qui était juste et équitable », explique Mary Kate Shea, responsable des athlètes élites à la BAA.
Une démarche pionnière et symbolique
Depuis janvier 2025, la BAA a commencé à indemniser les coureurs lésés sur ses courses depuis 2003. Une enveloppe de près de 300 000 dollars a été constituée, financée par les fonds propres de l’organisation. À ce jour, 180 000 dollars ont déjà été versés à 21 athlètes issus de 16 pays. Certains ont reçu quelques centaines de dollars, d’autres des dizaines de milliers. Le plus gros montant revient à Deba, devenue malgré elle l’élément déclencheur de cette politique inédite.
Un geste tardif mais salué
Pour Desiree Linden, marathonienne américaine reclassée pour l’édition 2014, l’initiative est un soulagement moral, même si les montants restent anecdotiques dans sa carrière. « Ce n’est pas quelque chose que j’attendais. Mais c’est un beau geste pour ceux qui ont couru proprement », confie-t-elle. Même émotion pour Neely Spence Gracey, reclassée de la 9e à la 8e place en 2016 : « Cette nouvelle a suscité beaucoup d’émotions. Mais la somme reçue ne me fera pas revivre ce que j’ai perdu ce jour-là. »
Ce que Boston fait, les autres sports ne le font pas
Cette démarche de réparation est aujourd’hui une exception dans le monde du sport. Dans la majorité des disciplines, le reclassement des résultats est acté lorsqu’un cas de dopage est confirmé, mais aucune compensation financière n’est versée, sauf si l’athlète fautif rembourse sa prime — ce qui reste rarissime.
Aux Jeux olympiques, les médailles peuvent être redistribuées plusieurs années après, sans indemnisation. En cyclisme, l’affaire Armstrong a révélé à quel point il était difficile, voire impossible, de récupérer les primes indûment versées. En natation, en haltérophilie ou encore dans les sports collectifs, les perdants n’obtiennent rien, ni sur le plan symbolique ni sur le plan financier.
Ce que le marathon de Boston vient d’instaurer, en puisant dans ses fonds propres pour réparer une injustice sportive, aucune autre organisation majeure ne l’a fait à ce jour. Si le marathon de New York a annoncé réviser sa politique, ceux de Chicago, Paris et Londres restent fidèles à la réglementation de World Athletics. À Berlin et Tokyo, silence total.
Un système à bout de souffle
Le problème est systémique. Les recours juridiques sont longs, les règles internationales peu contraignantes, et les athlètes floués doivent patienter — souvent en vain. « Une fois l’argent versé, il disparaît instantanément », résume Mary Kate Shea. D’autant que les poursuites doivent avoir lieu dans le pays de résidence du fautif, une démarche coûteuse et incertaine.
Face à ce constat, la BAA a tranché : « Le moment était venu d’aller de l’avant », affirme Jake Fleming, directeur du marathon. Tout en maintenant les démarches juridiques contre les tricheurs, Boston a choisi de ne plus faire porter aux athlètes propres le poids d’un système injuste.
La Rédaction

