Face aux tensions mondiales croissantes, le bloc des BRICS fustige les actions américaines, tout en affichant un front fragile, marqué par des absences diplomatiques de poids.
À Rio de Janeiro, le sommet des BRICS s’est transformé en tribune d’opposition aux politiques de Washington, sur fond de crise du multilatéralisme et de rivalités géopolitiques croissantes. Réunis dimanche, les onze membres du groupe ont condamné les mesures tarifaires jugées « discriminatoires » des États-Unis ainsi que les frappes militaires contre l’Iran, qualifiées de violations du droit international.
Sans jamais désigner nommément les États-Unis, les dirigeants ont délivré un message sans équivoque. Les droits de douane unilatéraux imposés par l’administration Trump sont accusés de menacer l’économie mondiale et d’être « incompatibles avec les règles de l’OMC ». Hôte du sommet, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a dénoncé un effondrement du multilatéralisme, appelant à rebâtir une gouvernance internationale plus équitable.
Trump hausse le ton : menaces de sanctions commerciales
Quelques heures après la déclaration finale, Donald Trump a riposté sur sa plateforme Truth Social :
« Tout pays s’alignant sur les politiques anti-américaines des BRICS se verra imposer un TARIF SUPPLÉMENTAIRE de 10 %. Il n’y aura aucune exception. »
Cette menace commerciale directe ne cible pas uniquement les membres actuels du bloc, mais également les pays candidats à l’adhésion, comme l’Algérie, le Nigeria ou la Thaïlande. Une posture qui trahit la volonté claire de freiner l’élargissement du bloc BRICS, perçu par Trump comme un contre-pouvoir géopolitique structuré.
L’Iran, au cœur du bras de fer
Les BRICS ont également condamné les frappes militaires contre l’Iran menées depuis le 13 juin 2025, notamment sur les sites nucléaires de Natanz, Fordow et Ispahan. Ces opérations, consécutives à douze jours de bombardements israéliens, se sont soldées par des frappes américaines ciblées sur des infrastructures stratégiques, y compris à usage civil.
Dans leur déclaration, les dirigeants ont fait part de leur « vive préoccupation face aux attaques délibérées contre des infrastructures à des fins pacifiques ». Une prise de position forte qui offre à Téhéran une victoire diplomatique symbolique, après avoir été largement isolé sur la scène internationale depuis les frappes.
Unité fragile au sommet : absences diplomatiques notables
Si le sommet a affiché un front diplomatique commun, il a aussi révélé les tensions internes au sein du groupe. L’absence physique de Xi Jinping (Chine), Vladimir Poutine (Russie), Masoud Pezeshkian (Iran) et Abdel Fattah al-Sissi (Égypte) a jeté une ombre sur l’événement. Ces dirigeants ont participé à distance, reflétant les difficultés à maintenir une cohésion forte face aux intérêts parfois divergents des membres.
Le Brésil, pays hôte, semble jouer la carte de l’équilibre. Comme le souligne la politologue Ana Garcia, « le Brésil veut causer le moins de dégâts possible avec Washington ». Ce positionnement explique sans doute la formulation prudente et modérée des condamnations adoptées à Rio.
Vers un nouvel ordre mondial ?
Dans un contexte marqué par la montée des tensions commerciales, les conflits régionaux et l’érosion des institutions multilatérales, les BRICS entendent réaffirmer leur poids collectif. Avec près de la moitié de la population mondiale et 40 % de la production économique planétaire, le bloc ambitionne de refonder les règles du jeu mondial.
Pour Lula, la mission est explicite :
« Si la gouvernance internationale ne reflète pas cette nouvelle réalité, il revient aux BRICS d’en être les artisans. »
Mais entre l’hostilité des États-Unis, les absences diplomatiques et les fractures internes, l’émergence du bloc BRICS comme acteur géopolitique unifié demeure un pari à hauts risques.
Une critique implicite du FMI et des institutions dominées par l’Occident
Derrière la dénonciation des droits de douane et des frappes militaires, les BRICS ont également adressé un message plus subtil à l’architecture financière mondiale actuelle, dominée par les États-Unis et leurs alliés. Bien que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ne soient pas explicitement mentionnés, les appels à « refonder la gouvernance mondiale » visent directement ces institutions.
Depuis plus d’une décennie, les BRICS réclament une réforme en profondeur du FMI, qu’ils accusent de refléter un ordre international dépassé, fondé sur la puissance occidentale d’après-guerre. Les déséquilibres persistants dans la répartition des droits de vote, au détriment des pays du Sud, cristallisent ces tensions.
Face à cette impasse, le bloc renforce sa propre alternative : la Nouvelle banque de développement (NDB), créée en 2014, qui se veut un instrument de financement du Sud global – sans les conditionnalités souvent imposées par le FMI.
Ce positionnement marque une étape de plus dans la volonté des BRICS de redéfinir les règles du jeu financier mondial, à l’heure où les crises économiques se multiplient et fragilisent les économies émergentes.
La Rédaction

