Encensé pour sa lutte contre les gangs, Nayib Bukele, président du Salvador, impose depuis 2022 un régime d’exception qui réduit au silence ses opposants. Loin des projecteurs, une dérive autoritaire se consolide, sous couvert de sécurité.
Une sécurité au prix des libertés
Depuis mars 2022, le Salvador vit sous un état d’exception permanent. Cette mesure, prolongée plus de vingt fois, a été instaurée après une vague de meurtres liée aux maras. Les autorités ont arrêté plus de 80 000 personnes, dont beaucoup sans preuves solides ni procédures judiciaires régulières.
La population, lassée des violences, soutient massivement le président Bukele. La baisse des homicides – autrefois parmi les plus élevés au monde – est spectaculaire. Mais les méthodes employées sont critiquées par les défenseurs des droits humains : détentions arbitraires, procès expéditifs, torture en prison, violations massives des droits de La Défense
Les opposants entre exil et prison
La répression ne vise plus seulement les criminels présumés. Militants, avocats, journalistes, intellectuels, membres de la société civile : tous ceux qui critiquent le pouvoir risquent aujourd’hui des représailles.
Trois figures critiques du régime ont été récemment désignées comme prisonniers de conscience par Amnesty International. L’ONG dénonce des détentions à caractère politique, motivées par la volonté de réduire les voix dissidentes au silence. Plusieurs personnalités ont dû fuir le pays ou s’autocensurer.
Dans ce climat, l’autocritique institutionnelle devient impossible, et la liberté d’expression est sévèrement restreinte.
Une popularité qui fait écran à la répression
Nayib Bukele, jeune président à l’image moderne, manie habilement les réseaux sociaux et les symboles de la réussite sécuritaire. En 2024, il s’est fait réélire malgré l’interdiction constitutionnelle de briguer un second mandat. Sa popularité reste supérieure à 80 %.
À l’international, peu de voix s’élèvent. Les partenaires commerciaux et diplomatiques ferment les yeux, préférant la stabilité à la défense des libertés fondamentales. Le modèle Bukele séduit même certains gouvernements voisins, au risque d’exporter une gouvernance autoritaire sous couvert d’efficacité.
Le Salvador est aujourd’hui un paradoxe : un pays plus sûr, mais moins libre. Si la lutte contre les gangs reste une priorité légitime, elle ne saurait justifier l’effacement progressif de l’État de droit. Les alertes d’Amnesty International, bien que rares à percer la bulle de la popularité présidentielle, rappellent l’urgence d’un regard critique sur ce qui se joue, dans l’ombre, à San Salvador.
La Rédaction

