La mise aux enchères de l’hôtel particulier des 40 et 42 avenue Foch, estimé à 100 millions d’euros et confisqué à Teodorin Obiang, ouvre un nouveau front diplomatique entre Paris et Malabo. Tandis que la justice française accélère la procédure, la Guinée équatoriale brandit la menace d’une rupture des relations bilatérales, malgré un revers juridique majeur devant la Cour internationale de justice.
Avenue Foch : Paris met aux enchères un symbole de la corruption internationale
L’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) a lancé, le 27 juin 2026, la procédure de vente de l’hôtel particulier situé aux 40 et 42 avenue Foch, à Paris.
Estimé à environ 100 millions d’euros, l’ensemble immobilier s’étend sur près de 4 000 m² et comprend une quinzaine d’appartements, dont certains atteignent 400 m². Il figure parmi les biens les plus emblématiques saisis dans le cadre de la lutte contre les « biens mal acquis ».
La vente sera organisée par lots dans les mois à venir selon un dispositif progressif destiné à encadrer les candidatures et les offres.
Un dossier judiciaire vieux de plus d’une décennie
Le bien a été saisi dès 2012 dans le cadre d’une enquête visant le patrimoine de Teodorin Obiang, vice-président de la Guinée équatoriale et fils du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.
Condamné pour blanchiment de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, abus de confiance et corruption, il a vu sa condamnation définitivement confirmée par la Cour de cassation en juillet 2021. Celle-ci a validé trois ans de prison avec sursis, 30 millions d’euros d’amende et la confiscation de ses biens situés en France.
Les biens mobiliers avaient déjà été liquidés en 2023 à Drouot, lors d’une vente de 158 lots comprenant notamment des véhicules de luxe. Restait le bâtiment de l’avenue Foch, pièce centrale du dispositif judiciaire.

Teodorín Obiang Nguema Mangue, vice-président de la Guinée équatoriale.
La CIJ tranche contre Malabo
La Guinée équatoriale avait tenté de bloquer la vente devant la Cour internationale de justice, invoquant l’inviolabilité diplomatique du bâtiment au titre de la Convention de Vienne de 1961.
Le 12 septembre 2025, la CIJ a rejeté la demande de Malabo par 13 voix contre 2, estimant qu’aucun droit plausible ne justifiait la suspension de la procédure française. La Cour a également rappelé que la Convention des Nations unies contre la corruption n’impose pas de restitution automatique des biens confisqués à l’État d’origine, laissant ainsi à la France la liberté d’exécuter sa propre législation.
La riposte diplomatique de Malabo
Malgré cette décision, la tension diplomatique s’est ravivée.
Le 27 juin 2026, Teodorin Obiang a publié sur X une déclaration dénonçant une procédure qu’il qualifie d’« acte unilatéral hostile », contestant la légalité de la vente.
Dans la foulée, Malabo a évoqué une possible rupture des relations diplomatiques, le recours au principe de réciprocité ainsi qu’une remise en cause des biens de la représentation française en Guinée équatoriale. Cette escalade intervient dans un contexte régional marqué par des tensions croissantes entre la France et plusieurs États africains.
Un calendrier de cession sous haute surveillance
La procédure de vente est structurée en deux phases. Une première phase, qui court jusqu’au 9 juillet 2026, est consacrée à la sélection des candidatures et à la vérification de leur solidité financière. Une seconde phase, prévue à l’automne, permettra l’accès au dossier technique complet et l’ouverture des enchères.
L’objectif des autorités françaises est d’éviter tout acquéreur insolvable ou tout montage opaque permettant une reprise indirecte du bien par des réseaux liés à Malabo.
Le dilemme de la restitution
La vente pose une question centrale : celle de l’utilisation des fonds.
En vertu de la loi française du 4 août 2021, les recettes issues des biens confisqués doivent être réorientées vers des programmes de développement bénéficiant aux populations des pays d’origine. Mais dans le cas équato-guinéen, la question reste hautement sensible en raison de la concentration du pouvoir politique et économique autour du régime en place depuis plusieurs décennies.
Pour Transparency International, le risque demeure que ces fonds soient à nouveau captés en l’absence de mécanismes indépendants de gestion et de contrôle. Paris évoque de son côté des discussions en cours concernant la restitution de 6,1 millions d’euros issus d’autres procédures liées au même dossier, sans qu’un cadre définitif n’ait encore été arrêté.
Un précédent qui dépasse la Guinée équatoriale
Au-delà du cas Obiang, cette affaire ouvre un débat plus large sur l’exécution des décisions de justice internationales lorsqu’elles concernent des biens revendiqués comme diplomatiques.
La Cour internationale de justice a tranché sur le plan juridique. Mais sur le plan politique, la question demeure entière : la confiscation d’un bien illégalement acquis constitue-t-elle une victoire réelle si les mécanismes de restitution restent incertains ?
La Rédaction

