Alors que s’ouvre le sommet des BRICS le 6 juillet à Rio, la Banque de développement de l’alliance fête ses dix ans d’existence. Mais a-t-elle vraiment tenu ses promesses de transformation du Sud global ?
Une décennie pour imposer une alternative
Fondée en 2014 à Shanghai, la New Development Bank (NDB) — ou Banque des BRICS — symbolisait un tournant historique : celui de la volonté des puissances émergentes de reprendre la main sur leur financement, en s’émancipant des institutions dominées par l’Occident, comme le FMI ou la Banque mondiale. Ses membres fondateurs — Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud — voulaient créer une structure capable de financer leurs projets d’infrastructure sans conditionnalités politiques ni logiques d’austérité.
Avec un capital initial de 100 milliards de dollars, la NDB devait devenir un levier majeur du développement, offrant des prêts souples et adaptés aux réalités locales.
Une présidence symbolique mais des résultats limités
Aujourd’hui dirigée par Dilma Rousseff, ex-présidente du Brésil, la banque a étendu son champ d’action : elle accueille désormais de nouveaux membres comme l’Égypte, le Bangladesh ou les Émirats arabes unis. En dix ans, elle a approuvé plus de 98 projets, pour un montant dépassant 33 milliards de dollars, principalement dans les domaines de l’énergie, des transports, de l’eau et des technologies vertes.
Mais ces chiffres restent modestes comparés aux besoins colossaux des pays membres, où les défis structurels — pauvreté, inégalités, instabilité économique — demeurent massifs. En Afrique du Sud, par exemple, le chômage atteint plus de 30 %, et la croissance est à peine perceptible. Même constat au Brésil ou en Inde, où les écarts sociaux se creusent malgré les ambitions régionales.
Une architecture financière toujours à réinventer
Alors que le thème central du sommet de Rio est la réforme de la gouvernance économique mondiale, les BRICS veulent relancer la NDB comme outil central de cette transformation. La guerre en Ukraine et les tensions sino-américaines ont poussé plusieurs pays à chercher des alternatives au dollar, et à accélérer le basculement vers un monde multipolaire. La Banque des BRICS est censée accompagner ce tournant, mais sa capacité réelle à concurrencer les grandes institutions mondiales reste limitée.
Certains analystes pointent un manque de visibilité politique et de stratégie claire, en particulier face aux nouvelles banques de développement régionales ou aux initiatives chinoises comme les « Nouvelles routes de la soie ». D’autres notent que la gouvernance égalitaire entre les membres ralentit la prise de décision.
Une institution à la croisée des chemins
Dix ans après sa création, la Banque des BRICS est donc à un tournant. Elle incarne toujours un espoir : celui d’un financement plus juste, plus équitable, tourné vers les besoins réels des pays du Sud. Mais pour transformer cet espoir en véritable alternative, elle devra non seulement renforcer ses ressources, mais aussi affirmer sa vocation politique dans un monde en mutation.
Le sommet de Rio sera-t-il l’occasion d’un nouveau départ ? Dilma Rousseff l’a promis : l’heure est à la relance. Mais les actes devront suivre les intentions.
La Rédaction

