À la veille d’un tournant historique, la Banque africaine de développement (BAD) s’apprête à élire son nouveau président. Ce scrutin, prévu fin mai, marquera la fin de l’ère Adesina et l’ouverture d’un nouveau chapitre pour l’institution panafricaine. Cinq candidats sont en lice, mais derrière les discours convergents se cache une question cruciale : qui portera réellement la transformation stratégique dont l’Afrique a besoin ?
Un consensus de façade, des divergences profondes
Tous les prétendants – Amadou Hott (Sénégal), Samuel Munzele Maimbo (Zambie), Sidi Ould Tah (Mauritanie), Mahamat Abbas Tolli (Tchad) et Bajabulile Swazi Tshabalala (Afrique du Sud) – s’accordent à dire qu’il faut rendre la BAD plus agile, plus innovante et plus efficace. Mais les moyens pour y parvenir varient considérablement, révélant des visions parfois floues, parfois ambitieuses, rarement convergentes.
Les grandes promesses de transformation ne suffisent plus. Les États membres attendent des orientations concrètes sur les sujets brûlants : financement climatique, mobilisation de capitaux privés, soutien aux États en crise, ou encore lutte contre le surendettement. Et tous les candidats ne semblent pas armés de la même manière pour y répondre.
Amadou Hott, le réformateur structuré
Ancien ministre de l’Économie du Sénégal et ex-vice-président de la BAD, Amadou Hott est souvent présenté comme le candidat le plus crédible. Son programme est lisible : recentrage sur l’impact, transparence accrue, adaptation aux urgences climatiques, et efficacité opérationnelle. Il propose une banque moins bureaucratique, mieux connectée aux besoins du terrain, et surtout plus réactive dans la mobilisation des ressources.
Sa volonté de décloisonner les financements publics et privés est particulièrement saluée, dans un contexte où les marges budgétaires des États africains s’amenuisent.
Des candidatures techniques ou symboliques
Bajabulile Swazi Tshabalala, actuelle vice-présidente par intérim, défend une ligne de continuité. Elle bénéficie d’une connaissance interne solide, mais son programme manque d’audace. De son côté, Samuel Maimbo, cadre à la Banque mondiale, apporte une approche technique fondée sur la stabilité macroéconomique, mais qui séduit peu en dehors des cercles financiers.
Sidi Ould Tah insiste sur l’équité géographique et le soutien aux pays vulnérables, tandis que Mahamat Abbas Tolli prône une gestion rigoureuse. Tous deux comptent sur leur ancrage régional et leur profil de gestionnaire, mais ne suscitent pas une dynamique continentale.
L’Afrique face à ses priorités
Au-delà des profils, c’est l’avenir de la BAD qui se joue. La banque doit aujourd’hui faire face à une demande d’investissement sans précédent, à une pression croissante sur les ressources naturelles, et à une jeunesse en quête de perspectives. La prochaine présidence devra faire des choix clairs et parfois difficiles, pour adapter la BAD à une Afrique en mutation rapide.
Le prochain président ne devra pas seulement “gérer” une institution. Il devra la réinventer pour qu’elle soit à la hauteur des ambitions africaines. Et c’est peut-être là que se fera la vraie différence : dans la capacité à sortir du confort des slogans pour poser les bases d’un nouveau pacte entre la BAD et le continent.
La Rédaction

