À mesure que le soleil décline, le système électrique togolais entre dans sa période la plus délicate. Entre 17 heures et minuit, ménages, commerces et entreprises poussent la demande vers son maximum, tandis que la production solaire devient progressivement indisponible. C’est précisément sur cette tranche horaire que prend tout son sens le projet d’une nouvelle centrale thermique de 120 MW à Lomé : donner au pays davantage de puissance qu’il peut mobiliser lorsqu’il en a réellement besoin.
Au premier trimestre 2026, la pointe de consommation nationale était estimée à 360 MW et progressait d’environ 10 % par an. La future centrale représenterait, à elle seule, une puissance équivalente au tiers de cette pointe actuelle. Cette comparaison ne signifie pas qu’elle couvrira un tiers des besoins futurs, la demande continuant d’augmenter, mais elle donne la mesure du projet.
Le gouvernement vient d’en franchir une étape préparatoire en consultant les entreprises susceptibles de participer à sa réalisation. La procédure de sélection proprement dite est envisagée au quatrième trimestre 2026. Soutenu financièrement par la Banque mondiale, le projet doit être construit sur le site de la Centrale thermique de Lomé et raccordé au réseau de transport à 161 kV.
Produire davantage, mais surtout au bon moment
Le mot essentiel du projet est moins « thermique » que « pilotable ». Contrairement au solaire, dont la production dépend de l’ensoleillement, une centrale pilotable peut augmenter ou réduire sa production en fonction des besoins du réseau. Les futurs moteurs fonctionneront principalement au gaz naturel, avec un combustible liquide comme solution d’appoint.
Cette capacité devient stratégique dans un système où les renouvelables prennent davantage de place. Le ministère indique qu’elles représentaient 41,24 % du mix énergétique à fin 2025. Parallèlement, de nouveaux projets photovoltaïques continuent d’avancer, notamment celui d’Agoè-Nyivé, dont la procédure de préqualification a été lancée en août.
L’enjeu n’est donc pas d’opposer solaire et thermique. Il consiste à disposer d’un équilibre : produire de l’électricité renouvelable lorsqu’elle est disponible et conserver suffisamment de capacités commandables pour répondre à la demande lorsque cette production diminue.
La dépendance aux importations a montré ses limites
L’année 2026 a surtout rappelé pourquoi cette marge nationale compte. En juin, le ministère évaluait à environ 180 MW la capacité de production mobilisable au Togo. En temps normal, elle était complétée par environ 110 MW importés du Ghana et 115 MW du Nigeria. Mais ces apports avaient alors chuté respectivement à 20 MW et 70 MW, contribuant aux coupures et délestages observés dans le pays.
La vulnérabilité ne venait donc pas uniquement d’un manque global de capacités électriques, mais de la difficulté à disposer, au moment voulu, d’une puissance suffisamment sûre. Dans cette perspective, les 120 MW projetés à Lomé augmenteraient fortement la capacité nationale pilotable, même si les importations régionales continueront à jouer un rôle dans l’équilibre du système.
Le projet s’inscrit d’ailleurs dans une stratégie plus large. Le gouvernement envisage également la réhabilitation d’une turbine à gaz de 20 MW de la CEB et discute d’extensions de capacités chez ContourGlobal et Kékéli Efficient Power. L’objectif affiché est de renforcer progressivement la production nationale tout en conservant un mix associant thermique, solaire et hydroélectricité.
Une course contre la croissance de la demande
Reste une donnée qui impose de regarder au-delà des 120 MW : une demande électrique progressant d’environ 10 % par an change rapidement l’échelle des besoins. Une infrastructure importante au moment de sa conception peut représenter une part beaucoup plus faible de la pointe plusieurs années plus tard.
Le calendrier sera donc déterminant. La consultation menée avec les opérateurs n’était encore ni un appel d’offres ni une préqualification. Elle devait permettre de tester l’intérêt du marché, d’identifier les risques du projet et d’affiner les conditions de la future sélection.
Pour le Togo, le défi énergétique se déplace ainsi progressivement du seul accès à l’électricité vers sa disponibilité au moment où elle est nécessaire. Les 120 MW projetés à Lomé ne serviront pas seulement à produire davantage. Leur fonction stratégique sera surtout de permettre au réseau de mieux tenir lorsque la consommation atteint son sommet et que certaines autres sources ne peuvent plus répondre.
La Rédaction

