Le crépuscule d’un prince
C’est une déchéance que ni les dorures du pouvoir ni les titres n’ont su prévenir. Fahd ben Sultan ben Abdelaziz Al Saoud, gouverneur de la province saoudienne de Tabuk depuis près de quarante ans, membre de la dynastie royale et fils de l’ancien ministre de la Défense Sultan ben Abdelaziz, voit aujourd’hui ses palais européens se transformer en dossiers judiciaires. Yacht saisi, chalet confisqué, meubles réquisitionnés : les créanciers n’ont pas tremblé devant les armoiries du royaume.
À Megève, son chalet a été repris en 2023 par la banque Crédit Suisse. Son yacht de 82 mètres, le Sarafsa, fleuron flottant de ses caprices, a été confisqué puis vendu, avant d’être rebaptisé Pure. À Londres, ce sont les meubles de sa résidence qui ont été saisis au printemps 2024. Le green de golf voisin, laissé en friche, symbolise ce que devient l’empire d’un prince autrefois intouchable : un héritage fané, entretenu à crédit.
La fin d’une impunité dorée
Fahd ben Sultan n’est pas un prince lambda. Il était un pilier du régime saoudien, ancré dans l’establishment depuis les années 1980, avec un réseau d’influence considérable dans les institutions, les affaires et les cercles philanthropiques. Mais l’ère Mohammed ben Salmane a mis fin à l’impunité budgétaire dont bénéficiaient les membres de la famille royale. Exit les virements sans justification, les palais achetés sur un coup de tête, les yachts laissés à quai.
Le prince a emprunté massivement auprès de Credit Suisse, jusqu’à ce que la banque, elle-même absorbée par UBS, décide d’en finir avec les largesses saoudiennes impayées. Un prêt de 37 millions de francs suisses, non remboursé, a ouvert la voie à la saisie en série.
Une famille en déroute
Fahd n’est pas seul dans la tourmente. Son frère Khaled ben Sultan, ex-vice-ministre de la Défense, subit lui aussi la morsure des créanciers. Son penthouse londonien — 2 694 m², quarante chambres, mis en vente pour 165 millions d’euros — a été saisi. Son yacht, le Golden Odyssey, n’a pas échappé à la liquidation.
Ce naufrage familial n’est pas un simple cas de mauvaise gestion. Il symbolise une transformation profonde du pouvoir saoudien. Les princes dépensiers sont aujourd’hui exposés, voire marginalisés, à mesure que le pouvoir se centralise autour de MBS, qui entend moderniser le royaume et purger les excès du passé.
La fin du crédit illimité
Ce qu’illustre la descente aux enfers de Fahd ben Sultan, c’est l’entrée du monde saoudien dans l’ère de la normalisation financière. Être prince ne protège plus des assignations à comparaître, ni des huissiers. Le luxe ostentatoire, longtemps perçu comme un attribut du pouvoir, devient une faiblesse visible quand il est financé à crédit.
Alors que les palais sont mis aux enchères et que les yachts changent de pavillon, c’est une époque entière qui bascule. Celle où l’aristocratie saoudienne se croyait éternelle, riche sans limite, dispensée de reddition. L’ère où la dette rattrape le faste a commencé.
La Rédaction

