Et si vos données numériques devenaient une source de revenus ? Au Brésil, cette idée n’est plus une utopie. Le pays expérimente un projet inédit de « compte d’épargne de données », permettant aux citoyens de monétiser leur empreinte numérique. Une première mondiale, qui redéfinit les rapports entre individus, données personnelles et économie digitale.
Un portefeuille numérique pour chaque citoyen
Derrière cette révolution technologique se cache dWallet, une plateforme développée par la société DrumWave, fondée à Palo Alto par un trio latino-américain. Le concept est simple : chaque utilisateur dépose les données issues de ses activités numériques dans un portefeuille personnel, appelé « compte d’épargne de données ». Ces informations sont ensuite proposées à des entreprises intéressées, contre rémunération.
En moyenne, un utilisateur peut percevoir jusqu’à 50 dollars par mois. Mais le gain n’est pas seulement financier : c’est surtout une reprise de contrôle sur ce qui, jusqu’ici, échappait totalement aux citoyens.
Un cadre juridique déjà en place
Si le Brésil peut mener une telle expérimentation, c’est grâce à un environnement législatif particulièrement avancé. En 2022, la protection des données a été inscrite dans la Constitution comme un droit fondamental, au même titre que la vie ou la propriété. Cette réforme s’appuie sur la Loi Générale sur la Protection des Données (LGPD), entrée en vigueur en 2020, inspirée du RGPD européen.
Un projet de loi rédigé en 2023 va plus loin encore : il propose de reconnaître explicitement les données comme une propriété personnelle, ouvrant la voie à une monétisation légitime et encadrée.
Un partenariat stratégique pour l’inclusion
En avril 2025, un partenariat entre DrumWave et l’agence publique Dataprev (chargée des systèmes d’information sociaux) a été signé lors du Web Summit de Rio. L’objectif : intégrer la technologie dWallet dans la gestion des prêts sur salaire (consignado), un système qui concerne plus de 60 millions de Brésiliens.
Ainsi, les citoyens peuvent choisir de partager les données liées à leurs prêts avec des entreprises ou institutions, moyennant compensation. Pour Rodrigo Assumpção, président de Dataprev, cette avancée constitue « une étape cruciale vers l’équité numérique ».
Une révolution silencieuse, mais puissante
DWallet n’est pas qu’un outil : c’est une philosophie de redistribution numérique. Il repose sur un Écosystème de Valeur des Données, qui analyse, qualifie et valorise les informations à l’aide d’un indice appelé DIM (Data Information Meaning). Les données ne sont plus des ressources volées, mais des actifs numériques que chacun peut exploiter.
Comme l’explique Brittany Kaiser, ancienne lanceuse d’alerte de Cambridge Analytica et aujourd’hui porte-voix du projet : « Il s’agit de réparer un déséquilibre historique dans l’économie numérique, où seuls les géants de la tech profitaient de la valeur générée par des milliards de personnes. »
Un modèle pour le reste du monde ?
Le Brésil ne cache pas ses ambitions : devenir un modèle mondial dans la reconnaissance des droits numériques. Avec un marché de la donnée estimé à 88,65 milliards USD en 2024, et une projection à plus de 326 milliards d’ici 2033, l’enjeu est colossal.
Ce programme pilote pourrait préfigurer une mutation globale : celle d’une économie où les données ne sont plus extraites, mais négociées, dans le respect de la personne.
La Rédaction

