L’Angola regarde vers l’ouest africain pour réinventer son avenir agricole.
En marge de l’Africa CEO Forum 2025, une délégation angolaise de haut niveau, conduite par le ministre d’État chargé de la Coordination économique, José de Lima Massano, a effectué une visite stratégique en Côte d’Ivoire. Objectif : tirer parti du savoir-faire agricole ivoirien pour relancer un secteur longtemps négligé dans un pays encore trop dépendant des hydrocarbures.
S’inspirer d’un modèle africain qui réussit
À Abidjan, puis à Dabou, Pakidié ou encore Yopougon, les membres de la délégation ont découvert des fleurons de l’économie agricole ivoirienne : l’Huilerie de Irobo du groupe SIFCA, leader de la production d’huile de palme sur le continent ; la Compagnie des caoutchoucs du Pakidié, pionnière de l’hévéaculture ; l’usine de transformation de cacao CÉMOI, symbole d’une industrialisation locale réussie ; ou encore la Société ivoirienne de productions animales (SIPRA), acteur majeur de l’élevage.
Ce qui frappe les visiteurs angolais, c’est la maîtrise de la chaîne de valeur agricole complète : de la culture à la transformation, jusqu’à la mise en marché. Un cercle vertueux qui garantit des revenus durables et une croissance endogène. « La Côte d’Ivoire produit, transforme et vend ; voilà la véritable création de valeur ajoutée », a résumé Jean-Marie Somet, ambassadeur ivoirien à Luanda.
L’Angola face à son propre potentiel
Le contraste est saisissant. L’Angola, riche en terres fertiles et en climats propices, reste pourtant prisonnier de sa rente pétrolière. La culture du maïs, du manioc ou des fraises y reste marginale, faute d’infrastructures, de politiques incitatives et d’investissements durables. Pourtant, des signes d’éveil se font sentir : certaines entreprises ivoiriennes, comme PALMCI, ont déjà entamé des missions exploratoires en Angola, en quête de terres à exploiter.
Le message est clair : la Côte d’Ivoire ne propose pas une assistance, mais un partenariat équitable Sud-Sud. Et cette ambition a reçu un écho favorable à Luanda. Porteur d’un message spécial du président João Lourenço à son homologue ivoirien, José de Lima Massano a été reçu en audience par Alassane Ouattara le 13 mai 2025. Les deux chefs d’État entendent renforcer une coopération à peine relancée après 38 ans de rupture diplomatique.
Une vision panafricaine partagée
Au-delà des aspects économiques, cette dynamique nouvelle porte une vision plus large. « La Côte d’Ivoire constitue un exemple inspirant pour toute l’Afrique », a affirmé le ministre angolais, saluant la politique panafricaine du président Ouattara. Une politique qui mise sur la complémentarité des économies africaines, sur le développement local et sur des coopérations intra-africaines plus audacieuses.
L’Angola veut désormais s’inscrire dans cette logique. La visite de José de Lima Massano, accompagné notamment de l’opérateur économique Luc-Antoine M’Boua, s’inscrit dans une stratégie d’implantation pragmatique : repenser la souveraineté alimentaire, diversifier l’économie, créer de la valeur localement.
En somme, l’agriculture devient bien plus qu’un secteur de production. Elle est une clé diplomatique, un levier économique et un outil de souveraineté. Une renaissance est possible, à condition d’y croire ensemble.
La Rédaction

